Aussitôt la fenêtre se referma et derrière la glace sombre Sanine ne distingua plus rien.
Il rentra chez lui sans chapeau et sans s'être aperçu que le vent le lui avait pris.
XXI
Il ne s'endormit que tard, sur le matin.
Sous le coup de cette soudaine bourrasque d'été, Sanine ressentit avec la même soudaineté, non que Gemma était la plus belle des femmes, ni qu'elle lui plaisait, il savait tout cela depuis longtemps; mais il crut sentir qu'il l'aimait!
L'amour entra dans son cœur en coup de vent.
Et avant de penser à son amour, il faut qu'il se batte. Des pressentiments lugubres l'assaillirent. S'il était tué?… À quoi peut conduire son amour pour cette jeune fille, la fiancée d'un autre?
Oh! ce fiancé n'est pas dangereux!… Il pressentait que Gemma l'aimerait si elle ne l'aimait déjà… Mais comment tout cela finirait-il?…
Il arpentait sa chambre, s'asseyait, prenait une feuille de papier, écrivait quelques lignes et les effaçait aussitôt.
Il voyait toujours l'admirable silhouette de Gemma dans la sombre baie de la fenêtre, sous la clarté des étoiles, dans le désordre où la jeta la chaude bourrasque. Il revit ces bras marmoréens, ces bras de déesse de l'Olympe; il sentit sur ses épaules leur pression animée…