—Le ferroflucto Tedesco apportera les pistolets… et c'est lui qui s'est chargé d'amener un médecin.
Pantaleone cherchait à se maintenir au diapason de courage de la veille. Mais quand il fut dans la voiture avec Sanine, quand le cocher fit claquer son fouet et que les chevaux partirent au galop, l'ex-chanteur, l'ex-ami des dragons blancs de Padoue changea de contenance. Il se troubla, il eut même un peu peur… Quelque chose en lui s'effondrait comme un mur mal bâti.
—Pourtant que faisons-nous là, mon Dieu! Santissima Madonna! cria-t-il d'une voix lamentable, en se prenant les cheveux!—Qu'est-ce que je fais là, vieil imbécile! Fou frénético?
Sanine fut d'abord un peu surpris et se mit à rire en passant légèrement le bras autour du vieillard.
—Le vin est tiré, dit-il, maintenant il faut le boire!
—Oui, oui, reprit Pantaleone, nous viderons ce calice… Mais cela n'empêche pas que je suis un fou, un fou, un fou! Tout était si calme, tout allait si bien!… et tout à coup… ta-ta-ta, tra-ta-ta!…
—Comme le tutti dans l'orchestre, dit Sanine avec un sourire forcé…
Puis ce n'est pas votre faute!…
—Je sais bien que ce n'est pas ma faute!… Je crois bien… Mais tout de même j'ai agi comme un insensé!… Diavolo! diavolo! répéta Pantaleone en secouant son toupet et avec force soupirs.
La voiture roulait, roulait toujours.
La matinée était très belle. Les rues de Francfort qui commençaient à peine à se peupler semblaient particulièrement propres et confortables, et les vitres des maisons brillaient chatoyantes comme du paillon. Dès que la voiture eut franchi la barrière, tout un chœur d'alouettes retentit haut dans le ciel bleu mais pas encore lumineux.