Je dois finir ma lettre, et je ne vous ai pas parlé de ce qui se fait à Paris. Je le ferai dans une autre lettre, très prochaine, si vous le voulez bien. . . . . . . . . . . .

Tout le monde se porte bien. J'ai été hier aux Italiens; on donnait la Donna del Lago, de Rossini. Quelle délicieuse musique (malgré quelques longueurs et quelques vieilleries)! Mais aussi quel libretto! Mlle Alboni y a été bien dans les andante et très molle dans les allegro. Elle et Mlle Grisi ont dit à ravir le petit duo du deuxième acte. Mario a bien chanté son air. Les chœurs ont été détestables. (Quel dommage! le chœur des Bardes est magnifique, autant qu'on en pouvait juger)........

Portez-vous bien, vous tous que j'aime beaucoup.

Je reste votre tout dévoué

IVAN. TOURGUENEFF.

VIII

Paris, 17/5 janvier 1848.

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Ah! Madame, quelle bonne chose que les longues lettres! comme celle que vous venez d'écrire à «bonne maman», par exemple! Avec quel plaisir on en commence la lecture! C'est comme si l'on entrait en été dans une longue allée bien verte et bien fraîche. Ah! se dit-on, il fait bon ici; et on marche à petits pas, on écoute babiller les oiseaux. Vous babillez bien mieux qu'eux, Madame; continuez ainsi, s'il vous plaît; sachez que vous ne trouverez jamais de lecteurs plus attentifs et plus gourmands.—Vous imaginez-vous, Madame, votre mère au coin de son feu, me faisant lire à haute voix votre lettre qu'elle a eu déjà presque le temps d'apprendre par cœur? C'est alors que sa figure est bonne à peindre!...

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