Aujourd'hui, par exemple, elle l'est un peu moins... Figurez-vous qu'il n'a pas cessé de pleuvoir un seul instant pendant tout le jour. Hein! qu'en dites-vous? Cela descendait, cela descendait, dru et droit, serré, et même maintenant. Il est onze heures du soir. Oui, Madame, onze heures! j'entends la gouttière vomir des torrents dans le fossé. Mais, par compensation, j'ai reçu aujourd'hui de Paris le Musical World et le Britannia, où j'ai trouvé des articles sur le Prophète, que j'ai dégustés avec beaucoup de plaisir. Si vous m'envoyez un Illustrated sous bande, envoyez-moi donc aussi le numéro de l'Athenæum. (A propos, mille choses à Chorley.)
Bonne nuit, je vais me coucher.
Mardi, 31 juillet.
Voilà ce maudit facteur qui s'avise de nouveau de venir à huit heures et demie du matin! Que le diable l'emporte! Je voudrais cependant achever vite cette page. Voyons! que vous dire? Qu'il ne pleut pas, que je pense bien souvent à vous; que Courtavenel a maintenant l'air bien gracieux et bien propre, que Jean frotte, nettoie, lave et balaye partout, que toutes les bêtes de la maison se portent bien, y compris votre très humble serviteur, que je m'attends à une lettre demain, que je vous souhaite santé, bonheur et gaieté, que je prie le Dieu bon de vous bénir mille fois et vous de me pardonner une lettre aussi incohérente, que je salue très amicalement Viardot et les amis, et que je reste à tout, jamais
Votre
TOURGUENEFF.
XXII
Courtavenel, samedi 11 août 1849.
Bonjour, Madame. Eh bien, je continue à rester seul à Courtavenel et je viens de recevoir une lettre de Melle Berthe, dans laquelle elle me dit qu'elle attend de jour en jour l'arrivée de M. et Mme Sitchès. J'espère que Mme Garcia va venir ici; que ferait-elle toute seule à Bruxelles?
Dimanche.
Depuis hier je suis mère, je connais les joies de la maternité, j'ai une famille! Trois charmants petits jumeaux, doux, caressants, gentils, que je nourris moi-même et que je soigne avec un véritable plaisir. Ce sont trois petits levrauts que j'ai achetés à un paysan. Pour les avoir, j'ai donné mon dernier franc! Vous ne sauriez croire comme ils sont jolis et familiers.