IV. TOURGUENEFF.

XLVII

Spasskoïé, 1er juillet 1865.

Chère et bonne madame Viardot,

...Je suis tout enchanté de ce que M. Rietz[99] (dont je regrette beaucoup de n'avoir pas fait la connaissance) vous a dit. Cela doit vous donner des ailes. C'est bien autre chose que ce que nous autres, dilettantillons, avons pu vous dire,—et si vous ne faites pas des sonates, si je ne trouve pas à mon retour quelque bel adagio à peu près achevé, il me faudra vous gronder. Je m'imagine, en effet, que l'idée musicale doit se déployer avec plus d'ampleur et de liberté quand on n'a pas un cadre tracé d'avance, d'une couleur, d'une forme déjà déterminées, et déterminées par un autre.

Allons! au travail! Je ne l'ai tant admiré et encouragé que depuis que je ne fais rien moi-même. Eh bien, non! Je vous donne ma parole d'honneur que si vous vous mettez à faire des sonates, je reprendrai ma besogne littéraire. «Passez-moi la casse, je vous passerai le séné.» Un roman pour une sonate: cela vous va-t-il? Dieu! quelle perspective d'activité fiévreuse se dévoile devant moi. Il y en a pour tout l'hiver.....

IV. TOURGUENEFF.

XLVIII

Saint-Pétersbourg, rue Karavannaïa,
lundi 4/16 mars 1867.