Je pars demain pour Spasskoïé. Mon manuscrit est déjà à l'imprimerie. Je compte être de retour dans une semaine. Ecrivez-moi à l'adresse de Massloff. Mon pied va presque bien, je n'ai plus de canne.
Vendredi 2 heures.
La réponse est venue enfin; elle m'a tranquillisé, quoique j'eusse désiré au mot de «santés» une autre épithète que «passables». La grande question n'est pas résolue, elle le sera probablement sous peu de jours. Je ne puis vous dire quelle sehnsucht j'ai pour Bade et combien chaque jour me semble long et pesant!
J'ai passé la soirée d'avant-hier chez M. Pissemsky, un de nos bons littérateurs[107]. Je ne sais si vous vous rappelez quelques fragments d'un roman que je vous ai traduit et qui vous ont frappée par leur verve brutale. Il y avait plusieurs dames chez lui; dans le nombre une Mlle Savitzki, qui, à ce qu'on dit, a un talent d'actrice hors ligne, et dont la figure, quoique laide, avait en effet quelque chose de remarquable, des sourcils et des yeux tragiques.
J'ai écrit à Viardot une petite lettre dans laquelle je donne quelques détails sur mes faits et gestes depuis mercredi, jour de mon arrivée chez l'ami Massloff.
J'ai vu mon frère, qui est aussi en train de s'acheter une maison à Moscou; il a l'air mieux portant et plus dispos que dans ces derniers temps.
Hier au soir, je suis allé chez le long W..., pour voir sa sœur, une princesse T..., très aimable femme; Mme W... parle de Bade avec le plus vif regret. J'ai fait chorus, comme vous pouvez bien l'imaginer.
A propos, le bruit s'était répandu ici que Z... avait tué son valet de chambre. Mme Anstett serait-elle passée par là?... Ayez la bonté de saluer de ma part cette bonne femme et dites-lui que je lui écrirai dès mon retour de la campagne. Oh! Mme Anstett, et Pégase, et la gare d'Oos, quand vous reverrai-je?
Ecrivez-moi, je vous en prie, donnez-moi quelques détails. Mille amitiés à tout le monde et les souvenirs les plus affectueux pour vous.
IV. TOURGUENEFF.