Si Dieu me prête vie, dans une semaine à pareille heure j'aurai déjà franchi la frontière, mais on ne peut rien savoir de positif. En attendant, mille et mille amitiés à tout le monde; je vous embrasse les mains avec tendresse.
IV. TOURGUENEFF.
LVII
Moscou, mercredi 10 avril 1867.
Chère madame Viardot,
Un ouragan de neige souffle, geint, gémit, hurle depuis ce matin à travers les rues désolées de Moscou; les branches s'entre-choquent et se tordent comme des désespérées, des cloches tintent tristement au travers: nous sommes en plein grand Carême... Quel joli petit temps! quel charmant pays!
Je pars dans une heure pour ma lecture, j'aurai un public furieux d'être venu de si loin (tout est loin à Moscou), par une tempête pareille pour entendre des balivernes... Gare au fiasco! Enfin, espérons toujours qu'on ne sifflera pas; et si on siffle, eh bien, on sera à l'unisson du dehors. Je ne crois pas que j'en dormirai moins bien, ou plus mal.
Est-ce vraiment vrai que je m'en vais après-demain? Cela me paraît impossible...
Mercredi soir.