La nuit suivante, celle du 15 septembre, la 5e brigade élargit son front afin de relever la 4e qui avait beaucoup souffert pendant les récentes opérations. Ce nouveau front était assez précaire et difficile à défendre. Des redoutes allemandes de mitrailleuses le dominaient et il était exposé à un feu d’artillerie considérable. Il importait donc de se rendre maîtres des tranchées d’en face, établies par les Allemands sur une crête dominant toute la position canadienne. L’attaque commença à 5 heures du soir, le 17 septembre et fut confié au 22e, au 24e et au 25e bataillons; le 22e fut le seul à atteindre l’objectif qu’on lui avait assigné, ne rencontrant de la part de l’ennemi qu’une résistance légère. Le même soir, la 5e brigade recevait l’autorisation de se reposer, et bien que les hommes fussent presque complètement épuisés de fatigue, ils marchèrent jusqu’à Hérissart, village distant de 5 milles et demie, pour s’y reposer et s’y reformer. Ainsi se terminait glorieusement la célèbre bataille de Courcelette.
Celle-ci avait pleinement démontré, qu’on pouvait avoir toute confiance dans la 2e division et que ses soldats possédaient à un haut degré les plus belles qualités militaires. L’histoire dira que ce fut une attaque savamment préparée, exécutée avec tout l’élan et l’assurance qu’on pouvait désirer, et dont le succès assura d’importants et décisifs résultats. On dira aussi avec raison qu’une bonne partie du succès de ces journées fut dû à l’élan impétueux des Canadiens français, qui balayèrent tout devant eux et brisèrent comme un fétu la résistance d’un ennemi numériquement supérieur et retranché derrière de fortes positions défensives. Le colonel des Bavarois de la Garde que l’on fit prisonnier poussa des jurons véritablement volcaniques lorsqu’il se rendit compte du petit nombre des soldats qui avaient mis ses kaiserlicks en déroute, mais pas plus que le baron son ami il ne put longtemps affecter l’arrogance et la grossièreté; il y avait de la poigne au commandement canadien-français, et un Bavarois ne fait pas peur à un soldat du Canada, encore moins à ses chefs.
On ne saurait trop dire que les brillants succès de tactique obtenus ainsi par le 22e bataillon furent dûs dans une large mesure à l’infatigable énergie et au calme jugement du lieutenant-colonel T. L. Tremblay, D.S.O. (Ordre des Services distingués) qui ne se laissa jamais troubler dans les moments difficiles et sut toujours prendre les décisions les plus sages en même temps que les plus promptes; les braves du 22e étaient bien commandés, et l’on se plaît à proclamer que leur conduite pendant la bataille, et lorsqu’ils eurent ensuite à repousser de terribles contre-attaques, fut vraiment admirable et digne des plus grands éloges. On n’en finirait pas de citer les faits individuels de bravoure qui s’y produisirent en grand nombre; malheureusement l’espace nous manque dans cette brochure, qui n’a pour mission que de rappeler les grandes lignes de l’histoire glorieuse du 22e bataillon.
LA 5e BRIGADE ESSUIE DES REVERS
Il y avait dans le système de défense de Courcelette deux groupes de tranchées que l’on désignait sous les noms de Regina et de Kenora, et les combats les plus violents se livrèrent pendant plus d’un mois pour la possession finale de ces tranchées; au plus fort de la lutte, dans la nuit du 27 novembre, la 5e brigade fut appelée à entrer dans la danse et elle devait y éprouver des revers sérieux et répétés, dont nous ne donnons pas le détail pour continuer de nous confiner à l’historique des faits d’armes auxquels le 22e prit part; deux de ses compagnies furent appelées le 1er octobre à renforcer le 24e et le 25e bataillons, qui avaient reçu ordre d’occuper si possible les deux systèmes Kenora et Regina. Ces deux bataillons devaient souffrir beaucoup de cette attaque contre des positions qui se révélèrent plus fortes encore qu’on ne l’avait cru. Les patrouilles avaient découvert que l’ennemi y était en nombre et qu’il y avait accumulé les mitrailleuses et les défenses en fil barbelé. Aussi était-il nécessaire que la préparation d’artillerie fût intense, afin de détruire tous les pièges ainsi tendus à nos hommes lorsqu’ils se lanceraient à l’assaut. Malheureusement, il appert que notre bombardement fut insuffisant, car lorsque les nôtres eurent atteint et dépassé les tranchées Kenora, ils se trouvèrent en face d’une véritable forêt de fil barbelé dans lequel ils s’empêtrèrent tandis que l’ennemi dirigeait sur eux le feu concentré d’innombrables mitrailleuses. De ce moment le coup était manqué; les Canadiens tombaient comme des mouches, et le combat se transforma en une série de luttes entre groupes et individus, l’ennemi ayant toutes les chances de son côté. Cependant, un petit nombre de Canadiens purent s’établir au commencement des tranchées Regina, mais ne purent en repousser les Boches et se firent tuer jusqu’au dernier. Les survivants, en petit nombre, se retirèrent dans les tranchées Kenora, où ils se défendirent désespérément contre de nombreuses contre-attaques et un arrosage meurtrier de l’artillerie, jusqu’à ce qu’on pût leur envoyer des relèves, le soir du 2 octobre. Il ne leur restait plus qu’à retourner à l’arrière se reposer et reformer leurs rangs tristement éclaircis.
LE MAJOR HENRI CHASSÉ, M.C.
Ceux qui virent passer les restes de la 5e brigade s’en allant à Bouzincourt n’oublieront jamais le spectacle qu’offraient ses bataillons épuisés et décimés, et ses hommes boueux, hagards, barbus, mais le coeur ferme et jurant bien de prendre leur revanche à la première occasion favorable; la devise “Je me souviens” prenait de ce moment une signification plus précise encore et comme plus personnelle, chaque soldat se promettant de faire payer cher aux Boches les mauvais jours qui venaient de s’écouler.