D'abord, et c'était la partie essentielle, on donne un père à la fille naturelle; et, comme le nom de Gomard tout court est encore bien bourgeois, on y ajoute celui de Vaubernier. Puis, comme le parrain et la marraine doivent être à la hauteur du père de l'enfant, on fait du simple Joseph Demange, monsieur Joseph de Mange avec une particule, et de Jeanne Birabin, qui, suivant l'usage de la campagne, est appelée la Birabine, et signe comme on est dans l'habitude de l'appeler, on fait madame de Birabin. Enfin, comme il paraîtra plus agréable au roi de lui donner pour maîtresse une demoiselle noble et mineure qu'une fille naturelle et majeure, on retranche trois ans de l'acte primitif, et on fait naître madame du Barry le 19 août 1746, au lieu du 19 août 1743.

Après l'arrêt de la cour royale de Paris, qui frappe de faux l'acte de naissance déposé à l'église de Saint-Laurent, et reconnaît les Bécu comme seuls héritiers de madame du Barry, ceux-ci continuèrent à attaquer la famille de Mortemart pour l'exécution du legs de M. de Brissac. Le procès dura jusqu'à la fin de 1833. Enfin les héritiers Bécu s'entendirent avec la famille de Mortemart sur la somme à recevoir; mais elle leur profita peu et fut presque entièrement absorbée par les créanciers de madame du Barry et par les frais du procès[165].

Outre les détails généraux qu'on a pu faire connaître grâce à L'analyse des diverses pièces indiquées dans ce récit, il en est de particuliers à la personne même de madame du Barry, qu'il est bon de rappeler en terminant:

1º Madame du Barry était fille naturelle, et son véritable nom était Jeanne Bécu.

2º A l'époque de son mariage on fit un faux acte de naissance, dans lequel on lui donna pour père légitime Jean-Jacques Gomard de Vaubernier.

3º C'est donc à tort que, dans toutes les biographies, et dans les plus récents ouvrages sur l'histoire de France, on lui conserve le nom de Jeanne Gomard de Vaubernier, et il faut lui rendre son vrai nom de Jeanne Bécu.

4º Par suite de l'examen de son véritable acte de naissance, on voit que madame du Barry avait 26 ans quand elle devint la maîtresse du roi Louis XV, et non vingt-trois ans, comme cela semblait résulter du faux acte. Elle est, par conséquent, morte sur l'échafaud à l'âge de cinquante ans.

Quant aux sommes que madame du Barry a coûté à la France pour avoir eu l'honneur d'être la maîtresse du roi, on peut, d'après l'examen de ces mêmes pièces, en faire le relevé suivant:

Mobilier donné par le roi à madame du Barry, lors de
son mariage
30,000 l.»
Sommes payées pour madame
du Barry, par Baujon, banquier
de la cour, depuis 1769, première
année de sa faveur, jusqu'en
1774, année de la mort
de Louis XV
6,375,559 l.11 s. 11 d.
Pour achat de son hôtel de
Versailles, par Monsieur, frère
du roi, le 24 octobre 1775
224,000»
Pour l'échange de 50,000 livres
de rente viagère contre
1,250,000 livres, délivrées par
le trésor royal par arrêt du roi
en avril 1784
1,250,000»
Madame du Barry jouit de
150,000 livres de rente viagère
sur la ville de Paris, les
États de Bourgogne et les loges
de Nantes, depuis l'année 1769
jusqu'en 1784, ce qui donne un
total de
2,400,000»
Depuis l'année 1784 jusqu'en
1793, elle n'a plus que 100,000
livres de rente viagère, ce qui
donne un total de
900,000»
La jouissance du château de
Louveciennes et de ses nombreuses
dépendances; les diverses
dépenses faites à
l'ancien château et la construction
du pavillon, peuvent
s'évaluer à un revenu
de 50,000 livres de rente,
ce qui fait, depuis 1769
jusqu'en 1793
1,250,000»
Le total général de toutes ces
sommes est de
12,429,559 l.11 s. 11 d.!!!

NOTES.