NOTE Nº 9.

L'ARRIVÉE DE LA SEINE AU CHATEAU DE MARLY.

Poëme, par M. Cassan, Mercure galant, année 1699.

L'auteur décrit d'abord le cours de la Seine avant son arrivée au château de Marly.—Au moment où le fleuve se resserre par suite des travaux d'endiguement, il décrit ainsi la machine:

Mais enfin son penchant lui faisant violence,
L'entraîne dans ce lieu, malgré sa résistance,
Et fait voir à la nymphe, au delà du tournant,
Le formidable objet d'un travail surprenant.
Comme on voit en hiver la forêt des Ardennes,
Quand la bise a fait choir le feuillage des chênes,
Et chassé les voleurs de tous les défilés,
Présenter ses vieux troncs qui paraissent brûlés;
Ainsi se voit de loin la machine effroyable,
Ouvrage de nos jours, qui paraît incroyable,
Avec tout l'attirail de son corps hérissé
De rouage et de ponts, l'un sur l'autre exhaussé,
Dont les bras, s'étendant vers le haut de la côte,
Meuvent les balanciers comme on voit une flotte,
Que la vague entretient dans le balancement,
Incliner tous ses mâts à chaque mouvement.
Quoi! dit-elle en voyant la machine étonnante,
Serai-je donc contrainte à poursuivre ma pente,
Et me faire rouer parmi tous les ressorts
Que je vois remuer par de si grands efforts!
Non, non, dit-elle alors, la nymphe de la Seine
Se mêlera plutôt avec l'eau qui l'entraîne,
Et, par son changement, saura bien éviter
Les outrages cruels qu'elle voit apprêter.
Ainsi dit, à l'instant elle se rend liquide;
Son corps va se mêler avec l'onde rapide,
Et, dans le fil de l'eau, tâche de s'allonger,
Croyant par ce moyen éviter le danger.
Mais en vain, car aux ponts cent pompes aspirantes
L'enlèvent de son lit à reprises fréquentes,
Et la livrent ensuite aux pistons refoulants,
Qui font pour l'enlever des efforts violents.
Alors par ces efforts elle sent qu'elle monte
Vers le haut du coteau dans des tuyaux de fonte,
Qui vont la revomir au prochain réservoir,
Où cent autres tuyaux viennent la recevoir.
Là, les pistons changeant leur manière ordinaire,
Pressent de bas en haut par un effet contraire.
Elle reçoit le jour pour la seconde fois,
Et reprend en ce lieu l'usage de la voix,
Pour se plaindre en passant du chevalier de Ville
Qu'elle voit sur sa gauche avec son air tranquille.
Qui t'oblige, dit-elle, avec ton art maudit,
A venir malgré moi m'enlever de mon lit?
A ces mots les pistons lui coupant la parole,
Le clapet la retient, s'ouvrant à tour de rôle,
Et la fait parvenir, après tant de détours,
Sur le haut du regard pour lui donner son cours.
De là sur l'aqueduc, sa pente naturelle
Lui fait prendre bientôt une route nouvelle.
Enfin elle descend par des tuyaux de fer
Dans un long réservoir appelé Trou d'Enfer.

Après cette description, le poëte la fait arriver dans les jardins de Marly, où, brillant d'un nouvel éclat, elle concourt à l'ornement des jardins du grand roi.

Ces vers sont reproduits dans le Mercure de France d'avril 1739.

NOTE Nº 10.

En 1681, Charles II d'Angleterre, sachant combien Louis XIV désirait avoir de l'eau à Versailles, lui envoya sir Samuel Morland, célèbre mécanicien anglais. Ce sir Morland fut d'abord employé par Cromwell à des missions diplomatiques. Après le rétablissement de Charles II sur le trône, il fut tout à fait dans les bonnes grâces du roi, qui le créa baronnet, gentilhomme de la chambre privée, et le nomma maître des mécaniques du roi. Il venait d'inventer une machine qui élevait l'eau de la Tamise jusqu'à la plus haute corniche du château de Windsor, quand Charles II, croyant faire plaisir au roi de France, lui envoya cet ingénieur. En 1683, Morland fut reçu par Louis XIV, dans son château de Saint-Germain, où il lui expliqua ses inventions. Il chercha à démontrer au roi qu'à l'aide d'une mécanique beaucoup plus simple et bien moins dispendieuse que la machine de Marly, il obtiendrait un résultat bien plus satisfaisant, puisqu'il avait la prétention de faire arriver d'un seul jet l'eau de la Seine sur les hauteurs de Louveciennes. Il paraît que ses démonstrations ne convainquirent pas le roi, puisque l'on n'en continua pas moins les travaux de la machine. Il fit un essai de son invention au château du président de Maisons; cet essai n'eut point un résultat favorable; il en explique la raison dans un ouvrage qu'il publia en 1685, intitulé:

Élévation des eaux pour toutes sortes de machines, réduites à la mesure, au poids, à la balance, par le moyen d'un nouveau piston et corps de pompe, et d'un nouveau mouvement cyclo-elliptique, en rejetant l'usage de toute sorte de manivelles ordinaires.—Paris, Michallet, 1685, in-4º.