«15 juillet 1774.»

OBSERVATION.

Montvallier prévient qu'il n'a pu rendre le travail plus complet, attendu qu'il n'a pas la suite des bordereaux de M. Beaujon, et qu'il y a même une lacune entre celui du 15 février 1772 et celui du 10 septembre suivant, et qu'il lui a été fait une remise de pièces sans bordereaux par madame du Barry, pour cette lacune, montant ensemble à la somme de 93,200 livres, employée dans les articles qui suivent, savoir:

ART. 1er.Aux marchands orfèvres, joailliers et bijoutiers.
Orfèvres313,328l.4s.
Joailliers1,808,635 9
Bijoutiers158,000 »
Total2,279,963l.13s.

ART. 2.—Aux marchands de soieries, dentelles, toiles, modes, etc.
Soieries369,810l.15s.3d.
Toiles, dentelles215,8886 »
Modes116,8185 »
Merceries35,44314 »
Total737,961l.»s.3d.

ART. 3.—A divers parfumeurs, fourreurs, chapeliers,
chaudronniers, etc.
52,148 l. 9 s.

ART. 4.—Pour meubles, tableaux, vases et autres ornements.
Meubles24,398l.18s.
Tableaux, vases91,519 19
Total115,918l.17s.

ART. 5.—Aux tailleurs et brodeurs.
Tailleurs60,322l. 10s.
Brodeurs471,178 »
Total531,500l. 10s.

ART. 6.—Pour achat de voitures, chevaux et fourrages.
Voitures et entretien67,470l.1s.
Chevaux57,347 »
Fourrages6,810 »
Total131,627l.1s.

ART. 7.—Aux peintres, sculpteurs, etc.
Doreurs78,026 l.»s.»d.
Sculpteurs95,426 » »
Peintres48,875 12 6
Fondeurs98,000 » »
Marbriers17,540 8 10
A divers ouvriers menuisiers, serruriers32,240 8 »
Total370,108l.9 s.4 d.

ART. 8.—Pour les anciens et nouveaux ouvrages de Louveciennes.
Anciens ouvrages111,475l.6s.9d.
Jardins3,739 19 »
Nouveaux ouvrages205,638 16 8
Jardins3,000 » »
Total323,854l.2s.5d.

ART 9.—Sommes payées, qu'on
n'a pu appliquer aux
différents comptes, les motifs
des payements n'étant point connus
55,619 l. 2 s. » d.

ART 10.—Pour dépenses extraordinaires,
dons, gratifications,
musique, aumônes
47,5255 »

ART 11.—Sommes payées, divisées
en deux parties, la première
considérée comme pour
le compte de madame du
Barry, et la deuxième pour ses
affaires; à madame du Barry
directement ou pour elle; aux
comte, vicomte et demoiselle
du Barry, et autres
1,081,052 l. 15 s. 2 d.
A ses gens d'affaires et autres,
y compris l'acquisition du
pavillon de l'avenue de Paris,
à Versailles
661,62816 9

ART 12.—A-compte sur la
construction du bâtiment audit
pavillon
18,000 » »

ART 13.—Recouvrements à
faire
20,000 » »
Total général6,375,559 l.11s.11d.

Certifié véritable et conforme aux bordereaux mentionnés
ci-dessus.

Louveciennes, le 14 juillet 1774.

Signé: MONTVALLIER.

Pour payer toutes ses dettes, madame du Barry restait avec sa propriété de Louveciennes et 150,000 livres de rentes viagères. Elle parvint à faire des arrangements avec la plupart de ses créanciers; quant aux plus récalcitrants, elle les paya à l'aide de la vente de plusieurs de ses bijoux, et de la cession qu'elle fit de son hôtel de Versailles, en 1775, à Monsieur, frère du roi, moyennant la somme de 224,000 livres[129].

Retirée à Louveciennes, madame du Barry y mena une vie fort tranquille. Belle et bonne, malgré sa position équivoque à la cour, elle s'y était fait un grand nombre d'amis. Les plus grands personnages et bon nombre de dames allaient à Louveciennes. On vit même le frère de Marie-Antoinette, l'empereur Joseph II, venir lui faire une visite, et lui offrir le bras en se promenant avec elle dans ses jardins. La comtesse avait su se créer une petite cour, et les anciens amis de Louis XV étaient toujours les bienvenus dans son château. Habituée depuis plusieurs années à satisfaire tous ses caprices sans savoir ce qu'ils pouvaient coûter, elle recevait ses hôtes en princesse, et, jolie femme, continuait toutes ces folles dépenses de toilette qu'une jolie femme, même sans être une madame du Barry, a souvent tant de peine à abandonner. On la trouvait de plus toujours prête à secourir ses amis; et l'on voit dans les papiers de la préfecture de Seine-et-Oise que le 9 avril 1775, c'est-à-dire un an après la mort de Louis XV, elle prêta 200,000 livres à M. le duc d'Aiguillon, qui ne les lui rendit que le 30 août 1784.

Madame du Barry dut donc économiser fort peu pour payer ses créanciers, et ses dettes, au lieu de diminuer, ne firent qu'aller en augmentant. Aussi, pour se liquider complétement, à force d'instances et de démarches de ses amis, elle obtint enfin du roi Louis XVI, en avril 1784, l'échange de 60,000 livres de rente contre 1,250,000 livres qui lui furent délivrées par le trésor royal[130].