Toutefois ce ne fut qu'en 1635, vingt et un ans après cette érection de la statue équestre de Henri IV, que furent achevés, sous le ministère du cardinal de Richelieu, les ornemens et bas-reliefs qui achevèrent la décoration du piédestal. Ce fut ce ministre qui en ordonna lui-même les inscriptions[114] et qui fit construire le carré ou massif de maçonnerie, au milieu duquel s'élevoit toute cette composition. Ces inscriptions expliquoient le sujet des bas-reliefs, qui étoient au nombre de cinq et représentoient plusieurs événements remarquables ou glorieux de la vie du grand roi. À droite, la prise d'Amiens par les Espagnols, et celle de Montmélian en Savoie; à gauche, les batailles d'Arques et d'Ivry; sur la face de derrière, l'entrée triomphante de ce prince dans la ville de Paris.
Il n'y a rien autre chose à dire de toutes ces sculptures, sinon que les meilleures étoient d'une grande médiocrité. On pouvoit en considérant cette statue et ce cheval, d'un style à la fois roide, lourd et mesquin, s'étonner de la réputation dont avoient joui Jean de Bologne et son élève; les captifs de bronze[115] ne valoient pas mieux que le monument qu'ils décoroient, mais n'étoient peut-être pas plus mauvais, et l'on en peut dire autant des bas-reliefs.
Ce fut sur le pont Neuf et devant la statue de Henri IV qu'une populace effrénée, après avoir exercé mille indignités sur le cadavre de Concini, si connu sous le nom de maréchal d'Ancre, vint en brûler les restes défigurés. Il est remarquable que cette même populace, si furieuse contre lui, après sa mort, avoit cependant beaucoup aimé, au temps de sa faveur, cet Italien, qui, avant les troubles, lui donnoit des fêtes, des tournois, des carrousels, dans lesquels il brilloit, disent quelques mémoires du temps, étant beau cavalier et adroit à tous les exercices. Un tel exemple montre pour la millième fois ce qu'est le peuple, et ce que valent ses affections. Cependant tant de preuves accumulées n'empêcheront point de malheureux insensés de rechercher encore ses vains applaudissements; et les leçons de l'histoire seront toujours perdues pour l'orgueil et pour l'ambition[116].
LA SAMARITAINE.
Près de la seconde arche du pont Neuf, du côté du Louvre, s'élevoit sur une charpente le bâtiment dit de la Samaritaine. Ce petit monument renfermoit une pompe au moyen de laquelle l'eau étoit distribuée, par divers canaux, au Louvre, aux Tuileries et au Palais-Royal. On ignore l'époque de sa construction, que quelques historiens attribuent à Henri III; mais il est probable qu'il fut l'ouvrage de son successeur. Quoi qu'il en soit de ce fait historique peu important à vérifier, cet édifice, qui tomboit en ruines au commencement du siècle dernier, fut détruit en 1712, et rétabli aussitôt au même endroit et dans une forme plus élégante. Il se composoit de trois étages, dont le second étoit au niveau du pont. Les faces latérales étoient percées de cinq croisées; sur la face principale, et dans un enfoncement en forme d'arcade, avoit été placé le cadran d'une horloge à carillon. On voyoit au-dessous, avant la révolution, un groupe en plomb doré qui représentoit Jésus-Christ, et la Samaritaine auprès du puits de Jacob. Ce puits étoit figuré par un bassin dans lequel tomboit une nappe d'eau sortant d'une coquille. La pompe en avoit été reconstruite en 1772[117].
Les deux figures, plus grandes que nature et d'une exécution assez médiocre, étoient de deux sculpteurs de l'académie, Bertrand et Frémin. On lisoit au-dessous l'inscription suivante, tirée de l'Écriture:
Fons hortorum,
Puteus aquarum viventium.
Cette inscription très-heureuse indiquoit à la fois le sujet du groupe et la destination du monument.
Au-dessus du cintre, s'élevoit un campanille en charpente, revêtu de plomb également doré, dont la lanterne renfermoit les timbres de l'horloge et ceux qui composoient le carillon.
Ce petit bâtiment avoit un gouverneur, parce qu'il étoit considéré comme maison royale; il a été entièrement démoli, il y a quelques années.