Cet établissement, si utile à la classe indigente, si salutaire à la société en général, puisqu'il arrachoit aux désordres, qui sont la suite de la misère et de l'oisiveté, une foule de malheureux jetés dans son sein sans aucune ressource, avoit obtenu de nos rois une protection spéciale et paternelle qui en assuroit le succès, lorsque la révolution, opérée, disoit-on, pour rendre au foible et au pauvre ses droits imprescriptibles, est venue l'envelopper dans cette destruction générale qu'elle a faite de tous les établissements créés pour la foiblesse et l'indigence.

L'église de cette maison fut rebâtie et agrandie en 1598. Elle étoit sombre, peu commode, et n'avoit rien de remarquable que son portail, élevé dans le siècle suivant (en 1671), sur les dessins de François d'Orbay. Cette construction, qui subsiste encore, est composée d'une ordonnance corinthienne, surmontée d'un attique[424].

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-SAUVEUR.

Cette église n'étoit originairement qu'une chapelle, bâtie auprès d'une ancienne tour qui s'élevoit au coin de la rue Saint-Sauveur, et qu'on n'a démolie que dans l'année 1778. La chapelle en avoit reçu le nom de chapelle de la Tour, et dépendoit de Saint-Germain-l'Auxerrois, à qui appartenoit ce territoire. On ignore absolument par qui et dans quel temps elle fut construite; il ne se trouve aucun acte, aucun titre qui puisse indiquer l'époque de cette fondation. Sauval et ses copistes ont imaginé que cette chapelle avoit été bâtie, vers l'an 1250, par l'ordre de saint Louis, pour y faire ses prières, et se reposer lorsqu'il alloit à pied à Saint-Denis. Il est très-possible que ce monarque se soit arrêté plusieurs fois dans cette chapelle, dans cette dévote intention, mais il s'en faut tellement que l'on trouve dans cette circonstance la preuve qu'il l'avoit fait bâtir, que le contraire est évidemment prouvé par la simple comparaison des époques: tout le monde sait que saint Louis partit pour la Terre-Sainte le 12 juin 1248, et n'en revint qu'en 1254; et, quand même on n'auroit pas cet argument décisif à opposer, il seroit facile de produire des titres relatifs à ce monument, lesquels sont antérieurs à la naissance de ce saint roi. En effet, dès l'an 1216 il y eut une sentence arbitrale rendue au mois de décembre, qui confirma le doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois dans la perception des droits qu'il prétendoit avoir sur la chapelle de la Tour[425].

On n'est pas plus instruit sur le temps où elle fut érigée en église paroissiale sous le nom de Saint-Sauveur, et l'on a vainement cherché quelque titre qui fixât l'époque de son érection. Les pièces les plus anciennes où il soit fait mention de la paroisse de Saint-Sauveur sont deux actes que Jaillot dit avoir découverts dans les archives de l'archevêché et dans le cartulaire de Saint-Germain-l'Auxerrois: l'un est un amortissement de 1284, accordé par l'évêque de Paris au curé de Saint-Sauveur, de 10 sous parisis sur trois maisons situées près de la porte Montmartre; l'autre est un contrat du 10 août 1299, par lequel Mathilde donne au prêtre de Saint-Sauveur 12 deniers de cens à prendre sur sa maison sise dans la rue qui porte le même nom. La découverte de ces titres est d'autant plus importante que l'abbé Lebeuf, ordinairement assez exact dans ses recherches, se contente de dire qu'en 1303 le chapitre de Saint-Germain tiroit quelque revenu de cette église, laquelle portoit alors le nom de Saint-Sauveur; et qu'en 1335 Thomas de Ruel, qui en étoit curé, avoit prêté serment aux chanoines en cette qualité.

On voit, par ce que nous venons d'établir, que, dès le commencement du treizième siècle, cette chapelle étoit une succursale de Saint-Germain-l'Auxerrois, et qu'elle fut érigée en paroisse vers la fin de ce même siècle. Les faubourgs de Paris s'étant considérablement accrus et peuplés depuis l'enceinte de Philippe-Auguste, il est assez vraisemblable que l'éloignement de l'église de Saint-Germain occasionnant des difficultés pour l'administration des sacrements, le chapitre de cette église sentit la nécessité de faire ériger en paroisse la chapelle de la Tour qui étoit située au-delà de cette enceinte[426].

Cette église fut entièrement reconstruite sous le règne de François Ier, et sept chapelles y furent bénites en 1537; on l'agrandit en 1571 et en 1622; enfin, en 1713, elle fut réparée et embellie au moyen du bénéfice d'une loterie qui lui fut accordé par le roi. C'étoit un édifice d'un gothique assez élégant[427]. Une partie de ses constructions ayant été ébranlée par la démolition de la tour qui l'avoisinoit, et l'église entière menaçant ruine, on l'avoit abattue quelque temps avant la révolution; et sur l'emplacement qu'elle occupoit s'élevoit déjà une nouvelle et très-belle basilique, dont M. Poyet, architecte du duc d'Orléans, avoit donné le plan, lorsqu'arriva le règne de la philosophie et de la raison: l'église prit aussitôt la forme d'une salle de comédie, qui cependant n'a point été achevée[428].

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-SAUVEUR.

Il n'y avoit de remarquable dans l'ancienne église que la chapelle de la Vierge. Les dessins en avoient été donnés par Blondel, architecte du roi. Jean-Baptiste Lemoine fils avoit fait les sculptures, et Noël-Nicolas Coypel les peintures, qui consistoient en un tableau de l'Assomption placé au-dessus de l'autel, et un plafond représentant les cieux qui s'ouvroient pour recevoir la Sainte-Vierge.

SÉPULTURES.