[343]: Cet écrivain tombe ici dans une erreur assez grave, car il ajoute que, dans les dixième et douzième siècles, le prieuré de Saint-Martin-des-Champs devoit en faire partie; c'est la conséquence qu'il tire de la dénomination de S. Martinus de Campellis, qui se trouve, dit-il, dans les bulles de Benoit VI et d'Alexandre III, et dans les lettres de Louis VII. Une simple réflexion pouvoit lui suffire pour éviter ces anachronismes et ces méprises; il auroit vu 1o qu'il ne pouvoit être question du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, qui n'existoit plus au dixième siècle, et qui n'a été rebâti que vers 1060, par conséquent plus de quatre-vingts ans après le pontificat de Benoit VI, mort en 974; 2o ce n'est pas Benoit VI, mais son successeur immédiat Benoit VII, qui a donné une bulle dans laquelle il est fait mention de Saint-Martin in Campellis: or, cette bulle sans date, qu'on peut fixer, avec les auteurs du Gallia Christiana, vers 980, confirme à Élysiard, évêque de Paris, la possession de cette église comme une dépendance ou appartenance de son évêché. Ce pape est mort en 984, et Élysiard en 988, par conséquent plus de douze ans avant que Saint-Martin-des-Champs fût rebâti. La bulle d'Innocent II, dont Alexandre III a adopté tous les termes, indique seulement Ecclesiam in Campellis; mais ce n'est qu'une confirmation en faveur de l'église de Paris de toutes les dépendances qui lui appartenoient alors; or Sauval n'ignoroit pas que jamais l'évêque de Paris n'a eu de droit sur l'abbaye du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, et que dans les actes qu'il cite il n'en est pas question, mais de la petite abbaye ou église de Saint-Martin-de-Champeaux en Brie, qui véritablement dépendoit de l'église de Paris.

À l'égard des lettres de Louis VII de l'an 1137, que cite Sauval, il ne les avoit pas sans doute lues, car dans deux endroits cette église est nommée S. Martinus de Campanis, ainsi que dans les diplômes de Henri Ier et de Philippe Ier, et dans les bulles des papes. Depuis 1060, on lit toujours S. Martinus ad Campos ou de Campis. (Jaillot.)

[344]: Hist. S. Mart., p. 157.

[345]: Ibid., p. 28.

[346]: La boucherie de Beauvais, qui existoit encore pendant les premières années de la révolution, devoit son nom à cette halle qu'on prit en partie, en 1416, pour y établir vingt-huit étaux de bouchers. Les habitants de Beauvais y renoncèrent entièrement en 1474; et l'on perça en 1553 le passage par lequel on alloit de la rue de la Féronnerie à cette boucherie. (Mémor. O, fol. 153.)

[347]: On lit dans Sauval des détails de cette exécution, qui sont curieux et propres à faire connoître les usages de ces temps.

«On sait que Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, eut la tête tranchée en 1477, sous le règne de Louis XI. Cet infortuné seigneur fut conduit de la Bastille aux halles, monté sur un cheval caparaçonné de noir. Étant arrivé, il fut mené aux chambres de la halle aux poissons lesquelles on avoit exprès tendues en noir; on les avoit aussi arrosées de vinaigre, et parfumées avec deux sommes de cheval de bourrée de genièvre, qu'on y avoit fait brûler pour ôter le goût de la marée que lesdites chambres et greniers sentoient. Ce fut là que le duc de Nemours se confessa; et pendant cet acte de religion, on servit une collation composée de douze pintes de vin, du pain blanc et des poires, pour messieurs du parlement et officiers du roi étant lesdits greniers. Pour cette collation on donna douze sous parisis à celui qui l'avoit fournie. Le duc de Nemours, s'étant confessé, fut conduit à l'échafaud par une galerie de charpente qu'on avoit pratiquée depuis lesdites chambres et greniers jusqu'à l'échafaud du pilori, où il fut exécuté.»

[348]: Les plus fameux étymologistes du dix-septième siècle, tels que Borel, Spelman, Ducange, Ménage, ont cherché l'étymologie du mot pilori, et aucun d'eux n'a pu en trouver une satisfaisante. Sauval dit que ce nom a été donné à ce gibet par altération, parce qu'il y avoit en cet endroit un puits qu'un contrat de l'année 1295 appelle Puteus dictus Lori, et que le puits Lori, ou de Lori, a fait donner le nom au gibet qui a été bâti aux environs, trois cents ans après. Cette étymologie est assez ingénieuse et paroît d'abord assez vraisemblable; mais Jaillot la combat par des raisons si solides, qu'il est impossible de l'admettre. Il établit, 1o que pilori est un mot générique qui signifie un poteau ou pilier du seigneur, au haut duquel sont ses armes, et qui porte au milieu des chaînes ou carcans, marques de sa haute justice; que ces poteaux étoient connus à Paris et dans les provinces sous le nom de pilori, quoiqu'il n'y eût ni puits ni voisins qui s'appelassent Lori; 2o que Sauval, qui dit que ce pilori n'a été élevé qu'en 1542, en fait mention en plusieurs autres endroits avant l'époque qu'il lui donne ici, et qu'il ne pouvoit ignorer qu'il en existoit de semblables dans le quatorzième siècle aux carrefours des rues de Bussy, du Four et des Boucheries; 3o enfin un tableau conservé à Saint-Germain-des-Prés, que dom Bouillart a fait graver, et a inséré dans l'histoire de cette abbaye, représente le pilori qu'elle avoit en 1368, à peu près semblable à celui des halles.

[349]: Voyez pl. 88.

[350]: On lit dans un état des biens de cette maison, imprimé en 1651, que le revenu casuel de la moitié de ce fief consistoit alors dans le droit de deux deniers sur chaque charrette de marée venant aux halles, et qu'il produisoit deux cents livres, année commune.