On assure que la rue Vivienne sera prolongée jusqu'au boulevart; et que, du côté de la rue Notre-Dame-des-Victoires, il sera percée une rue nouvelle de soixante pieds de large, laquelle devra se prolonger jusqu'à la rue Montmartre. Il est difficile, en effet, qu'un édifice de cette importance n'amène pas quelques changements dans la disposition des maisons et des rues dont il est environné.

Théâtre de l'Opéra. L'Opéra ne quitta le théâtre provisoire qui lui avoit été élevé sur le boulevart Saint-Martin[208] pour s'établir rue de Richelieu, que dans les premières années de la révolution. Ce vaste édifice, qui s'élève vis-à-vis la bibliothéque du roi, n'avoit point été construit pour recevoir un tel spectacle; et sous le rapport de l'architecture, il ne présente rien d'intéressant. Toutefois, par suite de cette translation, il subit, tant dans sa forme que dans sa décoration intérieure, plusieurs changements remarquables.

C'est un bâtiment isolé au milieu des quatre rues qui l'environnent, et la face principale, qui donne sur la rue de Richelieu, offre un grand portique composé de onze arcades, au-dessus duquel est le foyer.

Le vestibule intérieur est décoré de colonnes doriques, qui soutiennent le plafond. La salle qui porte en partie sur ce vestibule a 60 pieds de diamètre, et l'avant-scène présente 45 pieds d'ouverture.

Le foyer public est vaste et commode; il forme une galerie divisée sur sa longueur en trois parties par huit colonnes ioniques.

Personne n'ignore, et l'assassinat du duc de Berri, le 13 février 1820, au moment où il sortoit de ce théâtre, et toutes les circonstances si terribles et si touchantes qui accompagnèrent ses derniers moments; circonstances parmi lesquelles le lieu où la Providence avoit voulu placer le lit dans lequel ce malheureux prince mourut en héros et en chrétien, n'étoit pas la moins singulière et la moins frappante. La salle de l'Opéra dut être fermée dès ce jour même, et pour toujours; mais on trouva bientôt plusieurs millions pour en construire une nouvelle, plus vaste, plus magnifique, qui s'est élevée en peu de mois, comme par enchantement, tandis que plusieurs de nos églises restent dépouillées, sont à peine et lentement réparées, et que, faute d'une somme qui seroit à peine en capital l'intérêt annuel de celles qu'a coûté ce nouvel Opéra, les bâtiments neufs du séminaire de Saint-Sulpice sont interrompus, et tomberont peut-être en ruines avant d'avoir été achevés! Nous parlerons tout à l'heure de cette salle, qui est ouverte depuis près d'une année.

Théâtre des Variétés. Il a été construit par l'architecte Cellérier sur le boulevart Montmartre, et dans un emplacement long et étroit qui lui présentoit de très-grandes difficultés, difficultés qu'il a su vaincre avec autant d'adresse que de bonheur. L'entrée de ce théâtre offre un grand vestibule orné avec élégance, au fond duquel deux rampes d'escaliers conduisent aux loges et au foyer. Ce foyer, placé au-dessus du vestibule, se termine par un balcon qui a vue sur le boulevart.

La façade est à deux étages tétrastyles. Les colonnes du rez-de-chaussée sont doriques, et celles du premier étage, ioniques. Au-dessus s'élève un fronton, derrière lequel est un amortissement. Cette décoration a de l'élégance et de la simplicité.

Nouvelle salle de l'Opéra. Cet édifice a été bâti dans la rue le Pelletier sur un terrain qui dépend de l'hôtel Choiseul; il se compose au rez-de-chaussée de sept arcades élevées sur six marches, et présente des deux côtés un avant-corps avec terrasses, pour servir d'entrée aux piétons. Le premier étage est orné de huit colonnes ioniques, à moitié engagées dans le mur, avec attiques, portant huit statues qui représentent huit muses: la neuvième manque! peut-être l'architecte ignoroit-il qu'elle existât; il n'y a que ce moyen d'expliquer une si étrange omission. Les intervalles des colonnes sont percés de neuf grandes arcades, dont les archivoltes sont portées sur des colonnes et des pilastres d'ordre dorique, et d'une moindre dimension que les colonnes ioniques déjà citées. Les tympans sont ornés de figures et d'attributs symboliques. Tout cet ensemble a une apparence très-mesquine, et il est difficile de rien imaginer d'un plus mauvais goût.

Saint-Vincent de Paule. Cette église nouvelle a été construite dans la rue Monthalon. Elle n'a point de portail; la dimension en est très-petite; et l'intérieur jusqu'à présent ne présente rien qui mérite d'être remarqué.