Cette composition, qu'on peut regarder comme une imitation malheureuse du portail de Servandoni, à Saint-Sulpice, n'a d'autre mérite que d'avoir été exécutée sur une assez grande échelle. La largeur beaucoup trop considérable de ses entre-colonnements, surtout au second ordre, entraînera sa destruction; et déjà le poids énorme de la plate-bande qui supporte le fronton y a causé de fâcheuses dégradations, et semble écraser les maigres colonnes qui la soutiennent. Le genre de cette architecture massive, et qui n'est ni antique ni moderne, n'a d'ailleurs aucune espèce de rapport avec le reste de l'édifice[224]; on en peut dire autant du bâtiment de la sacristie, pratiqué au rond-point de l'église, sur le carrefour dit la Pointe-Saint-Eustache, bâtiment parasite, qui renouvelle le funeste exemple, tant de fois donné, d'adosser des maisons particulières aux temples, dont le caractère principal est d'être isolé de toute habitation profane.
L'intérieur de cette église, la plus spacieuse de Paris après celle de Notre-Dame, n'est remarquable que par la hauteur extraordinaire de ses voûtes: car, nous le répétons, il n'est rien de plus choquant que ce mélange d'architecture gothique et moderne dont elle est composée. Au milieu de la voûte de la croisée et au centre de celle qui termine le fond du chœur sont deux clefs pendantes, dont la saillie est très-grande, et où viennent aboutir les arêtes de ces voûtes. Du reste, les piliers sont tellement multipliés dans la longueur de la nef, qu'il faut absolument être au milieu pour bien juger de l'étendue de tout le vaisseau.
À la construction du nouveau portail étoit lié le plan d'une place symétrique qui l'auroit entouré, et le roi avoit déjà même accordé 100,000 écus pour les premiers frais de cette opération; mais plusieurs circonstances obligèrent de changer la destination de cette somme[225]; et ce projet, qui eût été à la fois utile et agréable aux habitants de ce quartier, resta sans exécution.
Le maître-autel de cette église étoit décoré d'un corps d'architecture soutenu par quatre colonnes de marbre d'ordre corinthien. Six statues de la même matière ornoient cet autel; elles étoient de la main du célèbre Sarrasin, et représentoient saint Louis[226], la Vierge, saint Eustache, sainte Agnès et deux anges en adoration.
L'œuvre, dessinée par Cartaud, et la chaire à prêcher, exécutée sur les dessins de Lebrun par Le Pautre, avoient de la réputation comme ouvrages de sculpture et de menuiserie. On remarquoit en outre dans cette église un très-grand nombre de peintures et de monuments, dont nous allons donner, suivant notre coutume, une notice exacte et détaillée.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-EUSTACHE.
TABLEAUX.
Derrière le maître-autel, une Cène attribuée à Porbus.
Dans la chapelle de la Vierge, deux tableaux de Lafosse, placés des deux côtés de l'autel, et représentant l'un et l'autre la Salutation angélique.
Dans la septième chapelle à droite, saint Jean dans le désert, par Le Moine.