On entroit dans cette belle demeure par un superbe portail imité de celui de Farnèse à Caprarole; au-delà de la grande cour étoit un parterre, au milieu duquel s'élevoit une Vénus de marbre blanc, ouvrage de Jean Goujon; elle étoit portée sur quatre consoles, et placée au-dessus d'un bassin en marbre de la même couleur.
Du côté des rues Coquillière et de Grenelle, on avoit tracé un autre grand parterre, accompagné de plusieurs allées d'arbres qui servoient de promenade publique. À l'un des angles de ce jardin s'élevoit une chapelle qui passoit pour la plus grande et la plus ornée qu'il y eût alors à Paris.
À sa mort, arrivée en 1589, Catherine de Médicis avoit légué son hôtel à Christine de Lorraine sa petite-fille; mais ses créanciers empêchèrent l'effet de cette donation[262], et il fut vendu, en 1601, à Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV. Trois ans après, cette princesse mourut, et cet édifice changea encore de maître. L'acquisition en fut faite par Charles de Soissons, fils de Louis de Bourbon, premier prince de Condé, d'où il passa dans la maison de Savoie, par le mariage d'une de ses filles avec Thomas François de Savoie, prince de Carignan. Cette princesse lui porta en dot cet hôtel, qui ne cessa point d'être appelé hôtel de Soissons.
Après la mort du prince de Carignan, la propriété en fut transmise à ses créanciers, qui le firent démolir en entier dans les années 1748 et 1749, à la réserve de la colonne dont nous avons déjà parlé. Enfin, en 1755, la ville de Paris, en vertu de lettres-patentes, fit l'acquisition de ce terrain, pour y faire construire la Halle au blé[263].
Cet hôtel, situé dans la rue du Four, occupoit presque tout l'espace compris entre l'hôtel de Bohème et les rues des Vieilles-Étuves et des Deux-Écus. Il passa au connétable d'Albret vers le commencement du quinzième siècle, fut ensuite confisqué sur son fils, et vendu à divers particuliers. Nous croyons que c'est le même hôtel qui appartenoit, un siècle auparavant, à Jacques de Bourbon, connétable de France sous le règne du roi Jean.
Hôtel de Calais.
Il étoit situé rue Plâtrière et à l'entrée de cette rue, du côté de la rue Coquillière. Cet hôtel, que l'on appeloit aussi le Châtel de Calais, appartenoit dans le quatorzième siècle au comte de Joigny, et ensuite au sieur Bernard de Chaillon; enfin, au mois de mai 1387, il fut donné par le roi à Guillaume de La Trémoille[264]. Cet hôtel tenoit à des écuries et à un manége que Charles V avoit fait bâtir dans une rue adjacente, et que l'on nommoit le Séjour du Roi[265], et l'hôtel de Laval avoit été en partie élevé sur son emplacement.
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
Hôtel de Bullion (rue Plâtrière).