L'ÉGLISE DES SAINTS-INNOCENTS.
L'église des Saints-Innocents étoit située vis-à-vis la rue Saint-Denis, sur une partie de l'emplacement des halles. Cette église doit être mise au nombre des plus anciennes de Paris; et, quoiqu'on ignore la date précise de sa fondation, des titres authentiques prouvent qu'elle existoit déjà dans le douzième siècle. En effet, sans citer l'autorité des auteurs du Gallia christiana, qui disent qu'en 1150 les doyen et chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois consentirent au décret de l'évêque de Paris, qui décidoit que la présentation à la cure des Saints-Innocents appartiendroit au chapitre de Sainte-Opportune, on trouve dans un Cartulaire de Saint-Magloire[358] l'acte d'une permutation faite en 1156 contre le chapitre de Saint-Merri et l'abbaye Saint-Magloire, à laquelle ce chapitre donne une certaine portion de terrain en échange d'une autre qui est au chevet de l'église des Saints-Innocents: Pro parte cujusdam terre que est ad capucium ecclesie Sanctorum Innocentium.
L'existence de l'église des Saints-Innocents dans le douzième siècle est encore confirmée par les bulles d'Adrien IV, du 4 des ides de mars 1159, et d'Alexandre III, des calendes d'octobre 1178, lesquelles énoncent, parmi les priviléges du chapitre de Sainte-Opportune, le droit de nomination à la cure des Saints-Innocents, droit confirmé par une foule d'actes subséquents, et d'autant plus légitime que le terrain sur lequel cette église étoit bâtie appartenoit primitivement à ce chapitre[359].
D'après des actes si précis et si authentiques, on ne peut s'empêcher d'être étonné qu'il ait régné une si grande diversité d'opinions entre les historiens de Paris sur l'origine de cette église. La plupart se contentent de dire qu'elle fut bâtie ou rebâtie sous le règne de Philippe-Auguste: quelques-uns même ont insinué que ce prince y employa une partie des sommes confisquées sur les juifs, lors de leur expulsion du royaume, ce qui placeroit l'origine de ce monument à une époque postérieure à l'an 1182. Nous venons de donner la preuve qu'il existoit bien antérieurement[360].
D'autres, sur la foi d'une ancienne chronique, ont avancé que l'église des Saints-Innocents fut construite à l'occasion d'un jeune enfant appelé Richard, que les juifs avoient crucifié à Pontoise; et la seule preuve qu'ils en rapportent, c'est que, dans cette chronique, elle est quelquefois désignée sous le nom de Saint-Innocent (Ecclesia Sancti Innocentii). On ne peut avancer une assertion dont la fausseté soit plus évidente. En effet l'événement dont il est question eut lieu à Pontoise dans l'année 1179; et, selon d'autres historiens du temps, le corps du jeune martyr y fut transféré de cette ville dans l'église des Innocents: donc elle existoit à cette époque, et nous ajouterons qu'il est même très-probable que déjà elle avoit été reconstruite[361].
Sur l'origine du nom qu'elle portoit, il y a lieu de croire que cette église, bâtie à l'angle du cimetière, avoit remplacé une chapelle dédiée sous le vocable des saints Innocents, pour lesquels le roi Louis VII avoit une dévotion particulière. On sait en effet que dans les anciens cimetières il y avoit toujours quelque chapelle dans laquelle les fidèles venoient offrir des prières pour les morts; et ce qui fortifie cette opinion, c'est qu'à l'époque où Philippe-Auguste fit entourer de murs le cimetière de Champeaux, rebâtir et augmenter[362] l'église des Saints-Innocents, il existoit dans cet enclos une chapelle semblable sous le nom de Saint-Michel[363], laquelle fut renfermée dans l'enceinte de l'église: on la voyoit dans la seconde aile, du côté du midi.
Cette église ne fut dédiée qu'en 1445, par Denis Dumoulin, patriarche d'Antioche et évêque de Paris. L'époque de cette dédicace a fait encore croire à quelques auteurs que, construite sous Philippe-Auguste, elle avoit été rebâtie en 1445. Ils auroient évité cette erreur s'ils eussent fait attention qu'on ne peut pas déduire de l'époque de la dédicace d'une église celle de sa construction. En effet, il y avoit un grand nombre d'églises à Paris, qui, quoique élevées dans le quatorzième et le quinzième siècle, n'avoient été dédiées que dans le seizième, les évêques ne faisant guère autrefois de dédicaces qu'elles ne leur fussent demandées[364].
Une statue de bronze adossée à l'un des piliers de la chapelle de la Vierge représentoit Alix La Burgote, recluse[365] du quinzième siècle, décédée en 1466, et inhumée dans cette paroisse. Cette figure, originairement couchée sur un marbre noir soutenu par quatre lions de bronze, formoit la décoration d'un tombeau qui avoit été élevé à cette sainte fille par ordre de Louis XI. Ce même monarque avoit fondé dans cette église, en 1474, six places d'enfants de chœur pour y faire le service en musique, ce qui s'est exécuté jusqu'à sa destruction.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES INNOCENTS.
TABLEAUX.