À l'extérieur, les deux enfants qui sont groupés dans l'écusson, les ornements qui le soutiennent, la petite figure ailée placée sur la clef, le lion et le léopard entourés de trophées que l'on voit aux deux côtés de la porte, sont bien certainement de la main de Jean Goujon. Les deux figures représentant la Force et la Vigilance, posées sur les trumeaux du premier étage, et la Minerve qui s'élève au-dessus, non-seulement n'ont point été faites par lui, mais doivent être considérées comme de très-mauvais ouvrages, d'un style mesquin et d'une exécution grossière[716].
Au pourtour de la cour, sur les trumeaux des faces du premier étage, s'élèvent encore douze figures colossales en bas-relief. À la première inspection il est facile de reconnoître que les quatre qui sont placées dans le fond, et qui représentent les saisons, peuvent être seules attribuées à Jean Goujon; mais ce que n'ont point dit ceux qui ont décrit cet hôtel, et ce qu'il étoit toutefois important de faire connoître, c'est qu'elles sont inférieures aux autres sous tous les rapports. Quoiqu'elles rappellent bien certainement le style de ce maître, on y découvre une sorte d'exagération de sa manière, qui pourroit faire penser qu'elles ont été exécutées après sa mort sur de simples croquis de sa main, non encore arrêtés.
Enfin ce dont aucun auteur n'a fait mention, et ce qui mérite cependant plus d'attention que tout le reste, ce sont trois petites figures sculptées en bas-relief sur le fronton intérieur du portail, dont deux sont couchées, et tiennent à la main une branche de laurier et une palme; la troisième, debout au milieu, et posée sur un globe, est armée d'un arc et d'une flèche. Non-seulement ces figures sont de Jean Goujon, mais on peut dire qu'elles surpassent toutes les autres, et qu'elles égalent ce qui nous reste de plus pur et de plus gracieux de cet artiste excellent.
Cet hôtel avoit été commencé vers le milieu du seizième siècle pour le président de Ligneries. Il fut vendu en 1678 à Françoise de La Baume, dame de Carnavalet, dont il prit le nom qu'il porte encore aujourd'hui, quoiqu'il ait depuis changé très-souvent de propriétaire.
Hôtel Turgot, ci-devant de Sulli (rue Saint-Antoine).
Jaillot dit avoir trouvé dans les titres originaux qui concernent l'hôtel de Sulli, que, le 15 avril 1624, le sieur Mesme Gallet acquit deux maisons qui appartenoient à M. Louis Huaut de Montmagni et autres; qu'il y fit construire cet hôtel qu'il n'acheva pas, parce que le terrain sur lequel la façade étoit bâtie ne lui appartenoit qu'en partie; et que sa fortune s'étant trouvée dérangée, cette propriété fut saisie et vendue par décret en 1627. Plusieurs propriétaires qui se succédèrent accrurent depuis cet édifice de plusieurs maisons qu'ils achetèrent dans le voisinage, et le dernier, M. du Vigean, fit construire l'entrée de l'hôtel en 1629. Il fut cédé en cet état, par échange, à M. Maximilien de Béthune, duc de Sulli, qui l'agrandit encore par l'acquisition d'une maison, laquelle forma le petit hôtel de Sulli. Le grand hôtel fut depuis acquis, en 1752, par M. Turgot de Saint-Clair, qui lui donna le nom qu'il a porté jusqu'au commencement de la révolution.
Hôtel de Beauvais (même rue).
Cet hôtel doit son nom à M. Pierre de Beauvais, conseiller ordinaire du roi, qui le fit bâtir. L'histoire en fait mention, parce que l'épouse de M. de Beauvais, première femme de chambre d'Anne d'Autriche, eut l'honneur d'y recevoir cette reine, la reine d'Angleterre, les dames de la cour et le cardinal Mazarin, le 26 août 1660, jour de l'entrée solennelle de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche.
Hôtel de Guémené.
Cet hôtel, situé à l'extrémité du cul-de-sac auquel il a donné son nom, a son entrée principale sur la place Royale, et avoit appartenu, dans le principe, à la famille de Lavardin. Il passa ensuite dans la maison de Rohan, et dans la branche de Rohan-Guémené.