Sauval a conjecturé que le nom de Brise-Miche pouvoit venir de quelques-uns des devanciers d'Étienne Brise-Miche, curé de Besons, qui mourut en 1515. Comme il n'appuie cette conjecture sur aucune autorité, nous trouvons plus vraisemblable l'étymologie donnée par Jaillot, qui suppose que les noms Brise-Pain, Tranche-Pain, Taille-Pain, et Brise-Miche[137] ont été donnés à cet endroit, parce qu'on y faisoit la division et la distribution des pains de chapitre, que l'usage étoit de donner aux chanoines de la collégiale de Saint-Merri.
Rue du Carême-Prenant. Elle va de l'hôpital Saint-Louis à la rue du Faubourg-du-Temple. Il paroît, par les plans de Gomboust, La Caille et autres, qu'elle commençoit autrefois à la rue du Faubourg-Saint-Laurent, et que la rue des Récollets en faisoit alors partie. Cette rue doit son nom au territoire sur lequel elle a été ouverte. À la fin du quatorzième siècle on appeloit cet endroit la Courtille Jacqueline d'Épernon[138]; et, en 1417, la Courtille Barbette[139]. On trouve dans les archives de Saint-Merri un titre de 1455, qui énonce le clos Jacqueline d'Épernon, autrement dit Carême-Prenant, et la Courtille tenant au chemin qui conduit à Saint-Maur. Elle est indiquée rue de Carême-Prenant dans le terrier du roi, de 1540.
Rue des Petits-Champs. Elle traverse de la rue Beaubourg dans celle de Saint-Martin. Il en est fait mention sous ce nom dans l'accord de Philippe-le-Hardi avec le chapitre de Saint-Merri, en 1273. Vicus de Parvis Campis.
Rue Chapon. Elle aboutit à la rue Transnonain et à celle du Temple. On l'appeloit anciennement vicus Roberti Begonis, et Beguonis sive Caponis, comme l'indiquoient les terriers de Saint-Martin de 1293 et de 1300. On la trouve sur quelques plans prolongée mal à propos jusqu'à la rue Saint-Martin; car la rue du Cimetière-Saint-Nicolas, qui en est la continuation, existoit sous ce nom dès 1220. L'auteur du supplément aux Antiquités de Paris de Dubreul, a voulu, de son autorité privée, ennoblir le nom de cette rue; il l'appelle rue du Coq[140]. Dès 1313 elle étoit connue sous celui qu'elle porte aujourd'hui.
Rue du Combat. Cette rue, qui commence à la rue du Faubourg-Saint-Laurent, et se prolonge jusqu'à la barrière de Pantin, étoit encore un chemin sans nom dans le siècle dernier. Elle prit celui qu'elle porte aujourd'hui, quelques années avant la révolution, et le dut au spectacle connu sous le nom de combat du taureau, spectacle qui subsiste encore, et qui n'est fréquenté que par la dernière classe du peuple. On la nomme aujourd'hui rue de la Butte Saint-Chaumont.
Rue de la Corroyerie. Elle aboutit à la rue Beaubourg et à celle de Saint-Martin. Cette rue s'appeloit au treizième siècle rue de la Plâtrière. Cependant le censier de Saint-Martin-des-Champs, de 1300, indique d'abord vicus Plastrariæ, et quelques lignes après vicus Correarii; ce qui sembleroit marquer deux rues différentes. Quoi qu'il en soit, on voit, par un registre de la chambre des comptes[141], qu'on la nommoit rue de la Plâtrière en 1313 et en 1482. Dans la liste du quinzième siècle, elle est désignée sous le nom de la Plastaye. Elle avoit déjà pris le nom de Conroirie en 1500, quoique Sauval lui donne une origine plus moderne d'un siècle. Sur les plans de Gomboust, de Bullet et autres, elle est indiquée sous le nom de Courroyerie, et mal à propos sous celui de Courrerie dans les tables de La Caille et de Valleyre.
Il y a dans cette rue un cul-de-sac qu'on appelle cul-de-sac Boudroirie. Sauval et ceux qui l'ont suivi ont été induits en erreur par la dénomination de ce cul-de-sac, lorsqu'ils ont dit qu'en 1300 cette rue s'appeloit de la Baudraërie, et depuis Baudroirie; ils ont confondu cette rue avec celle du Poirier, ainsi nommée alors, ou avec la rue Maubué, à laquelle on a quelquefois donné ce nom par extension.
Rue Cour-au-Vilain. (Voyez [rue Montmorenci].)
Rue Cour-du-More. Cette rue, qui traverse de la rue Beaubourg dans celle de Saint-Martin, doit sans doute son nom à une cour qu'on aura percée et prolongée. On l'appeloit, suivant le rôle de 1313, rue Jehan Palée, et ensuite Palée. Elle est encore désignée sous ce nom dans une déclaration des religieuses de Montmartre, du 3 juillet 1551. Cependant, dès le commencement du quatorzième siècle, la proximité de l'église de Saint-Julien, à laquelle elle est contiguë, lui avoit fait donner le nom de ruelle ou rue Saint-Julien, sous lequel elle est indiquée dans le compte des confiscations de 1421, et dans Corrozet. On l'a aussi nommée rue de la Poterne ou de la Fausse Poterne, parce qu'elle aboutissoit dans la rue Beaubourg, à peu de distance de la poterne ou fausse porte de Nicolas Huidelon. Depuis on lui a donné le nom de Cour-du-More et de rue du More qu'elle portoit dès 1606, suivant plusieurs titres des archives de Saint-Merri. On la trouve aussi, en 1640, indiquée Cour-de-More, dite des Anglois. Jaillot pense que c'est sans fondement qu'on a gravé sur plusieurs anciens plans Cour des Morts, étymologie que l'abbé Lebeuf a suivie.
Rue de la Croix. Elle aboutit d'un côté à la rue Phelipeaux, et de l'autre au coin des rues Neuve-Saint-Laurent et du Verdbois. Ce nom lui vient d'un canton de la Courtille-Saint-Martin, hors les murs, qui s'appeloit la Croix-Neuve en 1546; et dans le terrier de cette année, cette rue est effectivement indiquée sous le nom de la Croix-Neuve. La dénomination de ce canton, suivant toute apparence, étoit due à une croix qu'on y avoit élevée ou rétablie depuis peu. On sait que c'étoit l'usage ordinaire de placer des croix à la sortie des villes, à l'entrée des principaux chemins et dans les carrefours.