La famille d'Argenson avoit sa sépulture dans une chapelle de cette église; on y voyoit le buste de Marc-René de Voyer de Paulmy d'Argenson, garde des sceaux de France[253].

Dans la chapelle Saint-Charles avoit été inhumée la mère de Le Brun. Le tombeau de cette dame, exécuté par Tuby et Colignon, d'après les dessins de son fils, étoit le monument de cette église qui avoit le plus de réputation, et l'un de ceux que les étrangers visitoient avec le plus d'empressement[254].

Sous la croisée de la même chapelle on voyoit le mausolée de cet artiste célèbre; par Coysevox[255].

Cette église, assez riche en beaux ornements et en vases sacrés de grand prix, dont quelques-uns même étoient enrichis de diamants, possédoit en outre plusieurs morceaux de la vraie croix. Cette précieuse relique étoit exposée, dans les grandes fêtes, à la vénération des fidèles.

CIRCONSCRIPTION.

Cette paroisse, de figure oblongue, comprenoit autrefois dans sa circonscription toute la rue des Bernardins, et, laissant la Seine à gauche, remontoit jusqu'au pont sur la Bièvre, au delà de la porte Saint-Bernard. Après avoir suivi la rue de Seine, dont elle avoit les deux côtés et les maisons situées au coin d'en haut à main gauche, sans toucher au jardin du roi, elle reprenoit à la première maison qui fait le coin de la rue Copeau, vis-à-vis de la fontaine de Saint-Victor, continuoit des deux côtés de la rue en rentrant dans Paris, puis remontoit de la rue des Fossés Saint-Victor jusques et inclus le carré entier de la rue des Boulangers, et la rue Clopin inclusivement. Elle renfermoit encore les deux côtés de la rue d'Arras, et la moitié de celle de Versailles, dont elle avoit le côté droit en descendant, puis continuoit à droite jusqu'à l'église paroissiale, en laissant à la paroisse Saint-Étienne ce qui est à gauche dans la rue Saint-Victor.

La porte Saint-Bernard, le château de la Tournelle et la moitié du pont du même nom étoient sur le territoire de cette paroisse; mais l'abbaye Saint-Victor, quoique située dans son étendue, avoit sa paroisse particulière[256].

LES RELIGIEUSES ANGLOISES

Ce sont des chanoinesses régulières réformées de l'ordre de Saint-Augustin, qui vinrent en France au commencement de 1633, et obtinrent, au mois de mars de cette même année, des lettres-patentes qui leur permettoient de s'établir à Paris ou dans les faubourgs. Jean-François de Gondi, archevêque de cette ville, y joignit son consentement, sous certaines conditions, dont la principale étoit qu'on n'y recevroit que des filles nées de pères et mères anglois. Elles se logèrent d'abord au faubourg Saint-Antoine[257] et ensuite sur les fossés Saint-Victor. Sœur Marie Tresduray, leur abbesse, obtint, en 1655, de nouvelles lettres-patentes qui leur accordoient la permission de recevoir parmi elles des filles françoises et des états alliés de la France. Ces lettres furent enregistrées le 7 septembre de la même année, à la charge néanmoins que lesdites abbesse et religieuses ne pourroient avoir à la fois plus de dix françoises professes. La maison qu'elles occupoient et qu'elles avoient fait reconstruire avoit appartenu à Jean-Antoine Baïf, poète célèbre dans le seizième siècle. C'est là qu'il avoit établi, comme nous l'avons déjà dit, cette académie de musique[258] dont les concerts attiroient ce qu'il y avoit de plus considérable à la cour, et que Charles IX et Henri III honorèrent souvent de leur présence. Il rassembloit aussi dans cette maison les beaux esprits de son temps, et l'on peut regarder ces réunions comme le premier modèle des sociétés savantes qui ont donné naissance à nos diverses académies.

La maison de ces religieuses portoit le nom de Notre-Dame-de-Sion.