Ce collége, qui n'existe plus, fut fondé, suivant les historiens de Paris, en 1353. Il s'étendoit, suivant toutes les apparences, jusqu'à la rue Traversine, puisque Duboulai, Dubreul, Crevier[387], etc., avancent qu'il y étoit situé. Cependant, suivant Jaillot, il y a des preuves que ce collége existoit dès 1348, et qu'il étoit dans la rue Pavée. Le terrier de Sainte-Geneviève de 1380 énonce, à l'article de cette rue: «Les écoliers d'Allemaigne pour leur maison qui fut jadis Regnaut de Cusances.» Le censier de 1540 fait mention, au même endroit, «des écoliers de la province des pauvres Allemands;» et dans celui de 1603, on indique une maison, rue du Mûrier, tenant d'une part à la nation d'Allemagne.
Collége d'Arras (rue d'Arras).
Ce collége fut fondé par Nicolas le Caudrelier (alias le Cauderlier et le Candelier), abbé de Saint-Vaast d'Arras en 1332, suivant tous les historiens de Paris, avant cette époque, suivant Jaillot[388], qui prouve cette antériorité par les actes mêmes dont ses devanciers se sont appuyés pour fixer cette date. Il prouve même que cet établissement existoit avant 1328. Voici du reste comment on en raconte l'origine: Nicolas Le Caudrelier étoit exécuteur testamentaire de plusieurs personnes qui l'avoient chargé de quelques legs dont il devoit disposer pour des actes de piété: il ne crut pouvoir mieux remplir l'intention des légataires qu'en procurant à quelques pauvres écoliers d'Arras les moyens de faire leurs études. Ayant joint à cet effet le fruit de ses épargnes aux sommes dont il étoit dépositaire, il établit son collége, acheta des terres pour la subsistance des écoliers, et les plaça dans une maison également acquise à leur intention, et qui étoit située rue des Murs (aujourd'hui d'Arras). On ne trouve rien qui puisse faire présumer que par une telle acquisition cet abbé ait eu en vue de se procurer un domicile à Paris, soit pour lui et ses successeurs, soit pour ses religieux; mais il étoit naturel qu'il en confiât la principalité à l'un d'entre eux, ce qui a subsisté jusqu'à la réunion de ce collége à celui de l'Université[389].
Collége de Laon (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).
Divers changements survenus dans ce collége ont trompé plusieurs historiens sur la véritable date de son origine. L'inscription même placée sur la porte la fixoit mal à propos à l'année 1314. La vérité est qu'il fut fondé en 1313 par Gui, chanoine de Laon et trésorier de la Sainte-Chapelle, ainsi qu'il est prouvé par les lettres de Philippe-le-Bel, données au mois de janvier de cette année[390]. Elles nous apprennent que ce Gui de Laon et Raoul de Presle s'unirent ensemble pour faire cette fondation. Le premier donna 100 liv. de rente amortie et les maisons qu'il avoit rue Saint-Hilaire (rue des Carmes), ainsi que celles qu'il avoit ou pourroit avoir entre cette rue et celle du Clos-Bruneau, dite aujourd'hui Saint-Jean-de-Beauvais. Le second fit don de 200 liv. de rente; et tous les deux se réservèrent la disposition et l'administration de leur collége, qu'ils destinèrent à recevoir les pauvres écoliers des diocèses de Laon et de Soissons.
Quelques différents qui survinrent entre ces écoliers provoquèrent, dès 1323, une séparation. Le collége de Laon occupa les logements de la rue du Clos-Bruneau, où fut depuis le collége de Lisieux. Le collége de Soissons ou de Presle fut établi dans le terrain qui donnoit sur la rue Saint-Hilaire, à la charge d'une redevance de 24 liv. de rente envers l'autre. En 1327, Gui de Laon établit dans le sien un principal, un chapelain et seize boursiers. Douze ans après, en 1339, Gerard de Montaigu, depuis avocat-général au parlement, légua aux écoliers de ce collége sa maison appelée l'Hôtel du Lion d'or, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Ils y furent transférés en 1340, et l'on trouve qu'en 1342 Foulques de Chanac permit d'y célébrer le service divin.
Entre le couvent des Carmes et cet hôtel du Lion d'or, devenu le collége de Laon, étoit le collége de Dace, dont aucun de nos historiens ne nous fait connoître la fondation. Jaillot, sans rien donner de positif à ce sujet, nous apprend qu'il existoit dans le treizième siècle, et qu'il avoit été fondé pour les écoliers de Dampnemarck (Danemarck), autrement dits Suesses; que dans le siècle suivant, ce collége tombant en ruine, et devenant presque inhabitable, les écoliers du collége de Laon s'en rendirent propriétaires, au moyen d'un arrangement fait avec les boursiers qui l'habitoient; et en rétrocédèrent probablement une partie aux Carmes, qui se trouvoient extrêmement gênés dans leur maison: car il est certain que ces religieux en possédèrent par la suite une partie. Du reste, ce fait, peu important en lui-même, est raconté assez confusément par ce critique, et ne mérite pas la longue discussion qu'il lui a consacrée.
Le collége de Laon, comme nous l'avons dit, avoit été fondé uniquement pour seize boursiers étudiant dans la faculté des arts; mais dans la suite on y ajouta des bourses pour des écoliers en théologie et en médecine. Vers le milieu du siècle dernier, il étoit composé d'un principal, qui réunissoit à cette place celle de procureur; de douze boursiers théologiens, du nombre desquels étoient les quatre chapelains, et de dix-sept boursiers humanistes et philosophes. Il fut réuni au collége de Louis-le-Grand, ainsi que les autres colléges sans exercice, conformément aux lettres-patentes de 1763[391].
Collége de Navarre (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).
Ce collége, célèbre par le nom illustre de sa fondatrice, Jeanne de Navarre, épouse de Philippe-le-Bel, ne l'est pas moins par le nombre de grands personnages qu'il a produits. Ce fut huit jours avant sa mort, le 25 mars 1304, que cette princesse en ordonna la fondation par son testament, ratifié et approuvé le même jour par le roi et par Louis, son fils aîné. On voit dans les titres qui le concernent, qu'elle y avoit destiné son hôtel de Navarre, situé rue Saint-André-des-Arcs, et une somme de 24,000 liv., faisant le fonds de 2,000 liv. de rente[392].