La bibliothèque, fondée par la reine Jeanne, successivement augmentée par diverses donations, et notamment par l'acquisition de la bibliothèque du savant Peiresc, étoit riche en manuscrits authentiques et en anciennes éditions.
Parmi les hommes célèbres qui sortirent de cette école, on distingue Jean Gerson, chancelier de l'Université dans le quinzième siècle, et Jacques Bénigne Bossuet, l'un des plus beaux génies dont elle puisse s'honorer dans le dix-septième[396].
Le Séminaire des Trente-Trois (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).
La fondation de cet utile établissement est due à M. Claude Bernard, dit le Pauvre-Prêtre, particulièrement connu par sa grande charité. Il l'avoit déjà souvent exercée envers quelques écoliers dont la bonne conduite et les talents annonçoient des dispositions heureuses pour l'état ecclésiastique, mais qui manquoient absolument de tous moyens d'existence. En 1633 il en rassembla d'abord cinq en l'honneur des cinq plaies de Notre Seigneur: ce nombre devint ensuite égal à celui des apôtres; enfin il trouva le moyen de le porter jusqu'à trente-trois, qui est celui des années que Jésus-Christ, suivant l'opinion la plus commune, a passées sur la terre. De là le nom qu'on leur donna des Trente-Trois-Pauvres-Écoliers. Ils furent d'abord placés au collége des Dix-Huit, ensuite dans celui de Montaigu, peu après dans une maison située vis-à-vis ce collége, et nommée l'hôtel de Marli. La reine Anne d'Autriche contribua, par le don qu'elle fit à ces pauvres écoliers de trente-trois livres de pain par jour, à soutenir cet établissement, et mérita par là d'en être nommée la fondatrice[397]. Il ne prit cependant une forme stable qu'environ vingt ans après. Plusieurs personnes pieuses étoient entrées dans les vues charitables de M. Bernard; et après sa mort, arrivée le 25 mai 1641, elles se réunirent encore pour soutenir cette bienfaisante institution. La somme que produisirent leurs libéralités fut suffisante pour acheter l'hôtel d'Albiac, situé rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, et le faire distribuer convenablement. Cette acquisition fut faite en 1654; et l'on obtint, trois ans après, la permission des grands-vicaires de l'archevêché pour l'érection de cette maison en séminaire ecclésiastique, permission qui fut confirmée par des lettres-patentes de 1658.
On y procuroit la subsistance et l'instruction à de pauvres écoliers françois et même suisses, jusqu'à ce qu'ils fussent en état d'être promus au sacerdoce. On n'exigeoit d'eux rien autre chose, sinon qu'ils fussent nés de légitime mariage, bien constitués, clercs tonsurés ou en état de l'être, assez avancés dans leurs études pour pouvoir faire la philosophie, et dépourvus de tous moyens d'existence. Ce séminaire étoit conduit par trois directeurs pour le temporel, trois pour le spirituel, et par un préfet qui étoit à la tête de la communauté[398].
Collége de Boncourt (rue Bordet).
Ce collége fut bâti, suivant les apparences, sur l'emplacement de l'hôtel de l'évêque d'Orléans. Pierre de Bécoud, sieur de Flechinel, qui avoit acquis cet hôtel, en fut le fondateur. On voit par l'acte de fondation, daté de 1357[399], qu'il affecta sa maison située sur la montagne Sainte-Geneviève, et quelques dîmes qu'il avoit en Flandre, à l'établissement et dotation d'un collége «pour huit pauvres écoliers étudiants en logique et en philosophie, qui auront chacun quatre sous par semaine; lesquels doivent être pris et élus, toutes fois que le cas si offerra, en le évesquié de Thérouenne, excepté ce qu'il y a dudit évesquié au pays de Flandre.» Ces bourses devoient être à la nomination de l'abbé de Saint-Bertin, à Saint-Omer, et de celui de Saint-Éloi, au diocèse d'Arras. Le nom de ce fondateur fut depuis altéré et changé en celui de Beaucourd, Becourt, et enfin Boncourt.
Au mois de mars 1638, Louis XIII unit ce collége à celui de Navarre, qui n'en étoit séparé que par la rue Clopin. L'intention du roi étoit d'y établir une société de docteurs en théologie à l'instar de celle de Sorbonne; et en conséquence de cette union, il permit de fermer cette rue dans une longueur de soixante-quatre toises; mais les supérieurs de ce dernier collége ne jugèrent pas à propos de profiter de cette permission, et, pour laisser libre le passage de la rue, se contentèrent de faire construire une galerie de communication avec le collége de Boncourt.
Le célèbre Voiture avoit été élevé dans ce collége[400].