Ce fragment d'édifice est presque carré, si l'on en excepte l'avant-salle qui précède la grande pièce. En face de l'entrée est une grande niche circulaire, accompagnée de deux autres, plus petites, moins profondes et quadrangulaires. De chaque côté les murs latéraux présentent un enfoncement dont on ignore l'objet. La salle, dont la hauteur est de quarante pieds au-dessus du sol actuel de la rue de la Harpe, se prolonge dans une dimension de cinquante-huit pieds de long sur cinquante-six de large. Elle est percée de quatre croisées, dont deux sont bouchées; la troisième ne l'est qu'à moitié; et la quatrième, ouverte en forme d'arcade, y introduit une belle lumière: celle-ci est pratiquée en face de l'entrée, au-dessus de la grande niche, et précisément sous le cintre de la voûte. Cette partie de l'édifice, comme dans presque tous les thermes de Rome, est faite en voûte d'arête, genre de couverture peu dispendieux et de la plus grande solidité, parce que toutes les poussées y sont divisées, et que par conséquent il ne s'y opère aucun travail[551]. Aux quatre angles on voit encore des débris de chapiteaux faits en forme de poupes de navire, lesquels servoient sans doute de couronnement à des pilastres qui ont été détruits[552].

La construction des murs de cet édifice se compose de six rangées de moellons, formant des bandes, que séparent les unes des autres quatre rangées de briques, qui chacune ont un pouce à quinze lignes seulement d'épaisseur. Les joints pratiqués entre ces briques sont également d'un pouce de largeur, de manière que les quatre briques forment avec eux une épaisseur de huit pouces. Deux rangs de briques avec les moellons placés au milieu occupent un espace d'environ quatre pieds six pouces. Les moellons ont de quatre à cinq pouces de hauteur.

Ce genre de construction étoit habituellement celui des Romains; et on le retrouve dans un grand nombre d'édifices, à Rome et dans toute l'Italie. Ce modèle, que le temps a respecté au milieu de Paris, y est malheureusement trop peu connu et mériteroit d'être imité. Il nous offre la solution de ce problème que s'étoient proposé les architectes de l'antiquité, de faire de grands et solides édifices avec des matériaux communs et de peu de valeur: c'est ce qu'on ne sait plus faire aujourd'hui.

Les murs de cette salle étoient recouverts d'une couche de stuc qui avoit trois, quatre et même cinq pouces d'épaisseur. On en voit encore quelques débris: le reste paroît avoir cédé plutôt à la main des hommes qu'aux ravages du temps.

Quelle place occupoit dans l'ensemble des Thermes de Julien cette belle salle que nous venons de décrire? c'est ce qu'il n'est pas facile de décider en la voyant ainsi séparée de l'immense édifice[553] dont elle faisoit partie. Les thermes des anciens se composoient d'une multitude de pièces qui toutes n'étoient point destinées à l'usage des bains; et, pour assigner à celle-ci son emploi précis, il faudroit la considérer dans son rapport avec de semblables pièces des thermes de Rome; il faudroit surtout rétablir, sur les indications des fondations et des ruines adjacentes, l'ensemble approximatif des salles contiguës. Le plan des Thermes n'existe dans aucun des grands ouvrages qui ont traité de cette partie des monuments antiques: la première restitution s'en trouve dans le deuxième volume des Antiquités de la France par M. Clérisseau; et l'idée qu'il en donne est assez satisfaisante, sans qu'on puisse toutefois s'assurer que c'en soit là le véritable plan.

Sous l'édifice que nous décrivons, on a découvert un double rang en hauteur de caves en berceaux, ou plutôt de larges conduits de neuf pieds dans toutes leurs dimensions. Il y avoit ainsi trois berceaux parallèles séparés par des murs de quatre pieds d'épaisseur et se communiquant par des portes de trois à quatre pieds de large. Le premier rang de ces voûtes se trouve à dix pieds au-dessous du sol; on y descend par quinze marches. Le second rang est dix pieds plus bas. Quant à la longueur de ces routes souterraines, elle est inconnue, et l'on ne pénètre pas au-delà de quatre-vingt-six pieds, à cause des décombres qui en interceptent l'issue. Les voûtes en sont composées de briques, de pierres plates et de blocages à bain de mortier; la construction des murs est en petits moellons durs de six pouces de long sur quatre pouces d'épaisseur; le mortier introduit dans les joints a depuis six lignes jusqu'à un pouce[554].

«Quand on pense, dit un habile architecte[555], avec quelle avidité on recueille les moindres renseignements sur des ruines lointaines, avec quel empressement on dessine de toutes parts des débris de constructions romaines, moins curieux et moins bien conservés que celui dont nous parlons, il y a lieu de s'étonner du peu de soin qu'on a apporté jusqu'à présent, soit à la conservation de ce monument, soit à sa publication. Plusieurs projets avoient été présentés à ce sujet avant la révolution: le gouvernement paroissoit disposé à faire un choix parmi ces projets[556], lorsque nos troubles civils vinrent tout arrêter. Il seroit à souhaiter que l'attention se portât de nouveau sur ce précieux débris, et qu'un édifice riche en souvenirs, fécond en leçons de tous genres pour l'art de bâtir, fût enfin désobstrué dans ses abords, fouillé dans ses fondations et soustrait aux agents destructeurs qui de toutes parts travaillent à sa ruine[557]

LES PRÉMONTRÉS.

Personne n'ignore que l'institution de cet ordre de chanoines réguliers est due au zèle pieux de saint Norbert. Barthélemi, évêque de Laon, qui connoissoit les talents et les vertus de cet homme apostolique, l'avoit appelé près de lui pour l'aider à introduire la réforme parmi les chanoines de Saint-Martin, qui habitoient sa ville épiscopale. Le succès n'ayant pas répondu à ses efforts, saint Norbert, qui vouloit se livrer à la vie pénitente et contemplative, se retira dans un vallon de la forêt de Couci, que l'on nommoit Prémontré. Une chapelle de Saint-Jean-Baptiste qu'il trouva dans ce lieu, et que les religieux de Saint-Vincent-de-Laon, à qui elle appartenoit, avoient abandonnée, lui fit naître le projet de s'associer quelques personnes, et d'établir en cet endroit un monastère[558]. L'évêque Barthélemi, entrant dans ses vues, fit l'acquisition du vallon et de la chapelle, qu'il donna en 1120 à saint Norbert; et cette même année celui-ci jeta les fondements d'un ordre régulier, qu'il mit sous la règle de Saint-Augustin, et dont treize chanoines firent profession le jour de Noël en 1121[559]. L'ordre s'accrut assez rapidement; et dans le siècle suivant, Jean, abbé de Prémontré, voulant que ses religieux joignissent à la sainteté de leur vie une science suffisante pour instruire les fidèles qu'ils édifioient, prit la résolution de faire établir pour son ordre un collége à Paris. Il y acquit en conséquence plusieurs maisons dans les années 1252, 1255, 1256 et 1286[560]. On voit par une bulle d'Urbain IV, adressée à Renaud de Corbeil, évêque de Paris, que ces religieux obtinrent en 1263 la permission d'avoir un autel portatif[561]; mais on n'a pu découvrir dans quel temps on leur permit d'élever une chapelle. Celle qu'on leur avoit accordée fut démolie en 1618, et l'on bâtit alors à la place l'église qui a subsisté jusqu'à la fin du dernier siècle. Elle fut dédiée sous l'invocation de Saint-Jean-Baptiste et de Sainte-Anne. En 1672 on y fit plusieurs changements, et la nef fut agrandie par la suppression d'une maison située entre cette église et la rue Hautefeuille.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES PRÉMONTRÉS.