[149]: Sous prétexte qu'il n'y avoit pas sûreté pour sa vie, Condé ne se rendoit au parlement qu'avec un cortége d'environ mille personnes, tant gentilshommes qu'officiers du roi. De son côté, le coadjuteur avoit fait venir de la province beaucoup de militaires et d'autres gentilshommes, qui, réunis aux frondeurs de Paris, lui formoient une escorte tout aussi redoutable. Les deux partis étoient confondus dans les salles du parlement. De tous ceux qui s'y rendoient, conseillers, ecclésiastiques ou laïcs, il n'en étoit presque pas un seul qui ne cachât sous sa robe un poignard ou une baïonnette; et cinq ou six fois par jour on les voyoit sur le point de s'égorger, quoiqu'ils s'accablassent de politesses. Ce fut à une de ces séances que, le coadjuteur s'étant muni comme les autres d'un poignard si maladroitement caché qu'on en voyoit passer le manche, quelqu'un s'écria plaisamment: Voilà le bréviaire de monsieur le coadjuteur.

[150]: Il osa lui tenir tête en plusieurs rencontres, et surtout à l'occasion du mariage du jeune duc de Richelieu qu'elle désapprouvoit. Jarsay ayant osé devenir amoureux de la reine, il trouva mauvais qu'elle en eût été offensée, et le prit ouvertement sous sa protection.

[151]: Comme ce prince ne cachoit rien à madame de Montbason, dont il étoit l'amant, on craignoit qu'elle n'allât redire ce qu'il lui auroit confié à Vigneul, attaché à la maison du prince de Condé, et qui étoit encore mieux avec elle que Beaufort.

[152]: Mazarin lui fit signer à lui-même l'ordre de son arrestation, en lui disant qu'un certain Descoutures, témoin décisif dans son affaire contre les rentiers, venoit d'être arrêté hors de Paris; mais qu'il étoit à craindre que, lorsqu'on l'y amèneroit, il ne fut enlevé. Condé consentit à la demande que lui faisoit le ministre d'envoyer des troupes à sa rencontre, et signa l'ordre aux gendarmes et aux chevau-légers de conduire au château de Vincennes le prisonnier qu'on leur remettroit.

[153]: La princesse douairière, mère du prince, et la princesse de Condé, son épouse. Elles emmenèrent avec elles son fils, le duc d'Enghien, encore enfant.

[154]: Il étoit gouverneur de Bourgogne, et aussitôt après la paix de Ruel, il avoit fait un voyage dans ce gouvernement, où il avoit gagné tous les esprits par ses caresses et ses libéralités. Toutefois la province fut conservée au roi par la fidélité et le courage de l'avocat général Millotet.

[155]: Il voulut modifier l'amnistie accordée dans les dernières conférences à tous ceux qui avoient participé aux désordres commis depuis la paix; il chercha à brouiller Gondi avec les rentiers en suspendant leurs paiements, et en cherchant à faire regarder le prélat comme l'auteur de cette suspension.

[156]: Il avoit été procureur au parlement de Dijon avant de s'attacher au prince. C'étoit un homme plein d'audace et de ressources, qui joua au siége de Bordeaux un rôle presque aussi remarquable que Gondi au siége de Paris. Il a laissé des mémoires où l'on trouve des détails curieux et qui lui appartiennent.

[157]: Elle se retira à Châtillon-sur-Loing, près de la duchesse de Châtillon, et y mourut le 2 décembre de la même année.

[158]: Toutefois le parlement, d'accord avec la haute bourgeoisie, refusa d'abord l'entrée de la ville à ceux-ci, à moins qu'ils ne congédiassent un gros corps de noblesse et de troupes réglées dont ils étoient accompagnés, craignant, avec juste raison, que, s'ils admettoient dans leur ville un parti armé, ils n'en fussent bientôt maîtrisés et menés plus loin qu'ils ne voudroient. La Rochefoucauld et Bouillon furent donc forcés de se loger dans les faubourgs; mais, comme ils entroient tous les jours dans la ville, sous prétexte d'aller faire leur cour à la princesse, leurs intrigues soutenues par celles de Lénet furent conduites si habilement, qu'ils finirent par s'y faire recevoir avec leurs troupes.