Mazarin surtout étoit dans un effroi qui tenoit du délire. La cour essaya aussitôt d'entamer des négociations avec le duc. On lui promit formellement la délivrance des princes, et l'on fit même partir devant lui, pour le Hâvre, ceux qui devoient la négocier[167]. On lui offrit pour lui-même tout ce qu'il voudroit demander; on alla même jusqu'à proposer le mariage d'une de ses filles avec le roi. La reine, connoissant tout l'empire qu'elle avoit sur lui, sollicitoit vivement la faveur de le voir, de l'entretenir un seul instant; mais Gondi, qui redoutoit plus que tout le reste un semblable entretien, lui fit éviter tous ces piéges, et surtout celui-là. Gaston refusa donc obstinément de rien entendre, et demanda avant toutes choses l'exil de Mazarin. Alors la régente et son ministre, parvenus au dernier degré de fureur contre l'artisan d'une trame si funeste et si perfide, imaginèrent de détourner sur lui l'orage élevé sur leurs têtes, et de le faire accuser en plein parlement. Servien[168], Châteauneuf, sont appelés pour les aider dans cette manœuvre; Molé, outré d'avoir été joué par le coadjuteur[169], et toujours guidé par cette même ardeur de voir la paix s'établir enfin parmi les membres de la famille royale, leur prête son ministère; et tous réunis fabriquent contre Gondi une pièce très-violente, dans laquelle il étoit accusé des plus horribles complots, de complots qui n'alloient pas moins qu'à mettre le royaume en combustion, pour assouvir son ambition insatiable. Cette pièce, débitée d'abord solennellement devant les députés du parlement mandés au Palais-Royal, fut lue quelques instants après dans la grand'chambre par le premier président lui-même devant Gaston, qui, depuis sa déclaration, y paroissoit pour la première fois, et venoit par sa présence achever ce que les frondeurs avoient si heureusement commencé. La surprise fut extrême; et comme il arrive toujours dans les grandes assemblées, où le moindre incident qu'on n'a pas prévu peut troubler les esprits et changer la marche des choses, ce coup porté au coadjuteur alloit peut-être renverser tous ses projets, en donnant une face nouvelle à la délibération: c'est alors que, rassemblant tout ce qu'il avoit de sang-froid, d'éloquence et d'intrépidité, il prononça ce discours, aussi adroit qu'énergique, dans lequel, ne répondant à l'accusation intentée contre lui que par un prétendu passage de Cicéron qu'il venoit de composer lui-même sur-le-champ[170], il rétablit la question principale qui devoit faire l'objet de la délibération du parlement, savoir, la liberté des princes et l'exclusion de Mazarin. Les esprits furent à l'instant même ramenés vers lui. Ce fut vainement que la reine, au milieu même de la séance, fit encore conjurer Gaston de venir la trouver; que Molé, Talon, joignirent à ses prières les plus vives instances, les exhortations les plus pathétiques, un seul coup d'œil de Gondi suffit pour maintenir le foible prince; il ne cessa de refuser, sous prétexte qu'il n'y avoit point de sûreté pour lui au Palais-Royal; et après quelques efforts impuissants du parti attaché au gouvernement, l'avis du coadjuteur forma l'arrêt.

La cour se vit alors pressée de toutes parts: le clergé avoit déjà envoyé une députation à la reine pour solliciter également la délivrance des princes. Gaston excita la noblesse, qui s'étoit assemblée l'année précédente, à s'assembler de nouveau, et à faire de cette délivrance l'objet principal de ses délibérations. La reine, dont les alarmes redoublent, croit alors devoir prendre des précautions pour sa sûreté: le duc s'en plaint hautement dans le parlement, comme d'un outrage fait à la fidélité qu'il conserve au roi, et la compagnie lui donne à l'instant même, en sa qualité de lieutenant du royaume, tout pouvoir sur les maréchaux de France et sur tous les corps militaires. Plusieurs séances orageuses se succèdent, dans lesquelles Molé, toujours d'accord avec la cour, est accablé d'outrages, parce qu'il cherche à gagner du temps. On demande à grands cris l'exécution de l'arrêt; et Gaston ne veut point absolument communiquer avec la reine que la lettre de cachet pour délivrer les prisonniers ne soit expédiée. Anne, désespérée, concerte avec son ministre une ruse dont celui-ci surtout espéroit un grand succès, et qui montra seulement l'extrémité à laquelle tous les deux étoient réduits. Au moment où l'on s'y attendoit le moins, Mazarin quitte Paris, va s'établir à Saint-Germain, et se flatte ainsi d'avoir ôté à Gaston tout prétexte de se refuser à cette entrevue, qui sembloit à la cour entière l'événement décisif. Le prince eût cédé sans doute, si Gondi, devenu le maître absolu de toutes ses pensées et de toutes ses actions, ne l'eût rendu inébranlable sur cet article important. Il s'obstine donc à ne vouloir rien entendre que les princes ne soient délivrés. Cependant cette évasion du cardinal fait naître des inquiétudes: on croit y voir le projet d'enlever de nouveau le roi de sa capitale, et l'on prend à ce sujet les précautions les plus insultantes pour la reine. Elle croit calmer les esprits en faisant porter au parlement une promesse verbale de renvoyer le ministre: le vague de cette promesse produit l'effet contraire; il accroît leur effervescence, et un arrêt rendu au milieu du plus affreux tumulte, renouvelant celui qui, deux ans auparavant, avoit proscrit Mazarin, ordonne qu'il sera chassé de France, qu'il en sortira avant quinze jours avec tous ses parents et domestiques, permettant à tout le monde, passé ce délai, de lui courre sus. C'est alors une nécessité pour cette princesse de signer la lettre qui ratifie une délivrance si ardemment désirée.

Elle la signa toutefois avec une facilité qui pouvoit étonner dans un caractère aussi inflexible que le sien: c'est qu'alors elle étoit réellement décidée à se soustraire à la tyrannie qui l'opprimoit, et que tout étoit préparé pour sa fuite. Gaston en est averti, et retombe dans ses incertitudes: l'idée de retenir son roi prisonnier l'épouvante. L'audacieux Gondi, qui le voit balancer, se charge seul de l'événement. Il fait monter Beaufort à cheval; le maréchal de La Mothe, Laigues, Coligni, Tavannes, Nemours, imitent son exemple. On se saisit de toutes les portes qui avoisinent le Palais-Royal, et l'on y fait, à l'entrée et à la sortie, les perquisitions les plus sévères. Les bourgeois prennent les armes; la demeure du souverain est cernée par les patrouilles des frondeurs; et ces factieux ont l'insolence d'en violer l'entrée, de pénétrer, au milieu de la nuit, jusque dans la chambre du jeune prince, pour s'assurer par leurs propres yeux qu'il est bien en leur puissance. La reine, voyant toutes les issues fermées, veut s'échapper par la rivière: elle la trouve couverte de bateaux armés qui sont prêts à la repousser. Lorsque tant d'attentats sont consommés, Gondi, par son ascendant irrésistible, entraîne Gaston au parlement, et malgré les reproches amers, les plaintes éloquentes de Molé, lui fait tout approuver. La reine est forcée de désavouer le projet de sa fuite, et les députés, qui devoient aller ouvrir aux princes les portes de leur prison, reçoivent l'ordre de partir; mais avant qu'ils fussent arrivés au Hâvre, les princes étoient déjà délivrés.

C'étoit à Mazarin lui-même qu'ils devoient leur liberté. Tant que ce ministre avoit espéré ou l'entrevue de la reine avec Gaston, ou son évasion de Paris, il étoit resté aux environs de cette capitale, décidé, dès qu'il verroit la moindre apparence de succès, à s'emparer des trois prisonniers, et à les transférer dans quelque lieu plus sûr que le Hâvre[171]. Les mauvaises nouvelles qu'il reçut, et qui lui furent confirmées par la reine elle-même, le déterminèrent à s'éloigner; et il dirigea ses pas vers la prison des princes, incertain encore s'il exécuteroit son projet, ou si, prévenant les frondeurs, il essaieroit de se faire auprès d'eux un mérite d'une liberté qu'il leur accorderoit sans conditions[172]. Plusieurs ont prétendu que Mazarin eût pris le premier de ces deux partis, s'il eût pu entrer au Hâvre avec son escorte; mais, forcé par le gouverneur de la laisser hors de la ville, il n'eut plus d'autre ressource que le dernier; et s'humiliant devant les princes plus qu'il n'étoit convenable, quelle que fût sa situation, il alla lui-même leur annoncer qu'ils étoient libres. Ceux-ci le reçurent avec un mépris que Condé poussa même jusqu'à l'insulte; et tandis que le ministre sortoit de France pour aller se confiner à Bruyll, sur les terres de l'électeur de Cologne, les princes s'avancèrent rapidement vers Paris, où ils firent, peu de jours après, une sorte d'entrée triomphale. Le peuple, toujours aveugle et inconstant, alluma des feux de joie pour leur délivrance, aussi stupidement qu'il l'avoit fait pour leur captivité. Leur entrevue avec Gaston, Beaufort, Gondi, etc., se passa en effusions de tendresse; ils ne virent qu'un moment, et avec une contrainte et une froideur remarquables, la régente qui les attendoit en tremblant; le parlement les reçut tous les trois, principalement Condé, avec les plus vifs transports d'allégresse; et ce prince, maintenant soutenu d'un parti formidable contre une reine qui sembloit désormais sans appui, parut être un moment ce qui avoit toujours été le vœu secret de son ambition, l'arbitre suprême de l'État.

Cependant cette ambition, contraire aux intérêts des frondeurs, laissoit déjà entrevoir un germe de divisions qu'une main habile pouvoit développer; et Mazarin, du fond de sa retraite, où son œil pénétrant veilloit sans cesse sur ses ennemis, où sa politique artificieuse dirigeoit seule encore tous les conseils de la cour, n'avoit garde de le laisser échapper. Condé ne vouloit point d'égal; les frondeurs étoient décidés à ne point souffrir de maître; et tous étoient également avides du pouvoir: il en résulta que, dès le commencement, cette espèce de prépondérance que le prince prétendit s'arroger sur le parti excita la jalousie de tout le monde. Lui-même ne tarda pas à ne considérer ceux qui l'environnoient que comme autant d'obstacles à sa grandeur; et la reine, ayant saisi cette disposition où il se trouvoit, hasarda, pour l'attirer vers elle, des avances qui ne furent ni reçues ni absolument rejetées, mais qui commencèrent à l'ébranler. Gondi s'en aperçut aussitôt dans une séance du parlement, où il vit ce prince applaudir et donner sa voix à un avis qui, à l'occasion de Mazarin, tendoit à exclure du ministère tous les cardinaux, tant étrangers que françois, ce qui étoit visiblement dirigé contre lui.

Toutefois il sut encore parer ce coup qu'on vouloit lui porter; et le garde des sceaux Châteauneuf l'aida puissamment dans cette circonstance, parce qu'il avoit les mêmes vues et les mêmes intérêts. Mais l'arrivée subite de la duchesse de Longueville à Paris, de cette femme dont on a dit si justement qu'après avoir été l'héroïne du parti, elle en étoit devenue l'aventurière, excita plus vivement les alarmes du coadjuteur. Elle étoit revenue plus audacieuse encore par sa révolte même; et tandis que Turenne, fatigué du rôle honteux qu'elle lui avoit fait jouer, rentroit en grâce auprès de la régente, et lui vouoit une fidélité qui désormais ne devoit plus se démentir, la duchesse, se précipitant de nouveau dans le chaos des intrigues, essayoit de reprendre sur son frère l'ascendant qu'elle avoit perdu; et, sans montrer un désir bien vif de le voir se rapprocher de la cour, manifestoit ses mauvaises dispositions à l'égard des frondeurs, en cherchant à rompre le mariage depuis si long-temps projeté entre le prince de Conti et mademoiselle de Chevreuse. La cour, qui, par d'autres motifs, craignoit autant qu'elle les séductions de la fille et le caractère audacieux et intrigant de la mère, n'épargnoit rien pour arriver au même but; et la princesse Palatine, négociatrice secrète employée par la régente pour éblouir et ramener Condé, étaloit à ses yeux tout ce qui pouvoit flatter ses projets ambitieux. À son gouvernement de Bourgogne on ajoutoit celui de Guienne; la Provence devoit être donnée au prince de Conti; ses principaux serviteurs obtenoient, à proportion, des récompenses aussi magnifiques[173]; en un mot, tout ce qu'il demandoit lui étoit sur-le-champ accordé.

Cette facilité extrême, et même maladroite, auroit dû lui faire soupçonner quelque piége caché sous des amorces aussi brillantes: loin d'avoir la moindre méfiance, il se livre inconsidérément à ces promesses fallacieuses[174]; cherche des prétextes pour retarder l'union projetée avec la duchesse de Chevreuse; trompe et humilie à la fois madame de Montbason[175]; et continuant cependant à se ménager entre la cour et les frondeurs, il exige, avant d'abandonner ceux-ci, la disgrâce de Châteauneuf qu'il haïssoit[176]. Pour lui complaire, on donne les sceaux à Molé, qui garde en même temps sa place de premier président; et Chavigni, odieux à la reine, mais entièrement dévoué au prince, sort de l'exil où il languissoit depuis long-temps, pour venir reprendre sa place au conseil. À la nouvelle du renvoi de Châteauneuf, le duc d'Orléans laisse éclater son dépit, sans pouvoir toutefois s'en prendre ouvertement à Condé, qui dissimule encore quelque temps avec lui, mais qui laisse enfin échapper son secret dans une conférence où le duc avoit réuni les chefs des deux frondes pour délibérer sur ces mutations, dans lesquelles il voyoit une violation de ses droits, et même une sorte d'insulte faite à sa personne. Gondi et plusieurs autres proposèrent des partis vigoureux que Condé désapprouva hautement, et que le timide Gaston put bientôt se repentir de n'avoir pas suivis: car, dès le lendemain, le prince se croyant sûr de la cour, et ne voyant pas d'ailleurs la possibilité de se maintenir plus long-temps entre les deux partis, leva le masque en rompant brusquement, et même d'une manière outrageante, avec madame de Chevreuse.

Les frondeurs sembloient perdus, surtout Gondi. En horreur à la cour, qu'il venoit de trahir; sans pouvoir auprès du peuple, à qui son alliance passagère avec elle l'avoit rendu justement suspect; ne pouvant compter sur un prince tel que Gaston; négligé de ses propres partisans, comme un intrigant subalterne, désormais inutile à leurs intérêts, il ne sembloit pas que rien pût le tirer d'une situation aussi critique; et la résolution qu'elle lui fit prendre, bien qu'elle fût, dans de telles circonstances, la seule qui pût encore le sauver, n'en prouva pas moins l'extrémité fâcheuse à laquelle il étoit réduit. Trop prudent pour engager avec Condé une lutte inutile et téméraire, il se retira tout à coup du monde et des affaires, se renferma à l'archevêché, affecta de n'avoir plus de relations qu'avec des chanoines et des curés, parut uniquement occupé des fonctions de son sacré ministère; et cependant dans cette retraite forcée, dont les frondeurs s'étonnoient, qui excitoit les risées de ses ennemis, il entretenoit un commerce régulier avec Gaston et Châteauneuf, alloit toutes les nuits à l'hôtel de Chevreuse, répandoit dans le peuple des bruits alarmants sur les négociations du prince avec la cour, faisoit de son palais une espèce de château-fort, où il étoit à l'abri de toute entreprise violente que l'on auroit voulu tenter contre sa personne, et attendoit ainsi pour reparoître sur la scène, les événements que la fortune pourroit faire naître en sa faveur, puisque son génie n'avoit plus le pouvoir de les provoquer.

Le succès justifia sa conduite, et fit passer pour politique profonde ce qui n'étoit sans doute que l'œuvre de la nécessité. Mazarin, comme nous l'avons dit, et comme tout semble le prouver, n'avoit poussé la reine à tant d'avances à l'égard de Condé, ne lui avoit fait faire tant de concessions que pour abattre une seconde fois cet implacable ennemi. Il venoit de le brouiller plus fortement que jamais avec les frondeurs, dont l'appui l'auroit rendu si redoutable; il se garda bien de détruire ceux-ci comme il eût pu si facilement le faire dans le premier moment de leur consternation, les réservant pour lui porter encore de nouveaux coups. Condé s'enveloppa de lui-même dans une trame si subtilement ourdie, en se séparant une seconde fois de la fronde avant d'avoir entièrement achevé ses arrangements avec la cour. Cette faute le mit dans une situation équivoque. En même temps qu'elle nuisoit au succès de ses négociations[177], elle le forçoit de ménager encore Gaston, qui, toujours guidé secrètement par le coadjuteur, feignit de se réconcilier avec Chavigni, en demandant toutefois qu'on lui fît le sacrifice de Molé. Condé, par une ingratitude que rien ne peut excuser, abandonna celui-ci, qui rendit les sceaux et ne lui pardonna jamais. Ce fut après lui avoir suscité un tel ennemi que Mazarin crut le moment favorable pour éclater. Dans une lettre qu'il écrivit aussitôt à la reine, il n'eut pas de peine à lui démontrer que ces avantages énormes accordés à un prince d'un tel caractère exposoient l'autorité royale aux plus grands dangers; il le lui fit voir avant peu maître absolu du royaume, si elle avoit l'imprudence impardonnable de lui céder elle-même ses plus riches provinces; et, plutôt que de traiter à des conditions aussi funestes, il l'exhorta, au nom du salut de la France et de son propre fils, à se servir des frondeurs, à mettre Gondi lui-même à la tête des affaires, en le nommant premier ministre. Il n'en falloit pas tant pour déterminer une princesse si ombrageuse sur le pouvoir; et, la nuit même qui suivit la réception de cette lettre, le coadjuteur, réveillé brusquement par le maréchal Duplessis, apprit, non sans le plus grand étonnement, l'épouvante que le prince causoit à la régente, et la proposition inattendue que Mazarin l'avoit engagée à lui faire, et qu'elle lui faisoit effectivement, de lui donner la première place dans le gouvernement.

Il n'étoit pas aussi facile d'abuser Gondi que le prince de Condé. Il reconnut aussitôt la ruse: il vit que Mazarin, dont l'intention ne pouvoit être de lui céder si philosophiquement ses honneurs et son pouvoir, ne vouloit créer ici qu'un fantôme de ministre, ou pour perdre entièrement le prince, ou pour le mettre dans la nécessité absolue de recourir à lui, et qu'alors son premier soin seroit de briser l'ouvrage de ses mains, ce qu'il feroit sans peine d'un coadjuteur de Paris. La dignité seule de cardinal pouvoit mettre Gondi hors des atteintes d'un si dangereux adversaire. Il résolut donc de refuser le ministère, et de profiter de cette heureuse circonstance pour obtenir la pourpre. Son plan s'arrange aussitôt dans sa tête: il voit la reine en secret, promet de se dévouer tout entier à sa cause, sous la condition expresse de pouvoir continuer à déchirer publiquement Mazarin, seul moyen de reprendre son autorité dans le peuple et parmi les frondeurs; s'engage à lui ramener Gaston, à forcer Condé de sortir de Paris, et pour prix de ces services obtient la promesse positive du cardinalat. Il fut convenu, dans cette entrevue fameuse, que Châteauneuf seroit rappelé et nommé à la place que le coadjuteur venoit de refuser. La haine que tous les deux lui portoient sembloit les pousser à l'élever si haut pour avoir le plaisir de l'en précipiter. La princesse palatine, qui s'étoit rangée du parti de la reine, que, dès ce moment elle n'abandonna plus, fut chargée par elle d'être l'intermédiaire entre le cardinal et le coadjuteur.