Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui ait parlé de cette église; et plusieurs circonstances de son récit prouvent qu'elle existoit ayant l'année 580[239]. Telle est la seule date authentique que l'on puisse donner de son antiquité. Elle fut ensuite au nombre des églises dont Henri Ier fit don à la cathédrale, donation de laquelle du Boulai[240] a conclu qu'elle fut appelée Fille de Notre-Dame (Filia Basilicæ Parisiensis). Ce qui a pu causer son erreur, c'est que, dans un acte sans date, qui toutefois ne peut être plus ancien que le douzième siècle[241], on trouve qu'alors cette église avoit passé, on ne sait comment, entre les mains de deux laïques[242], qui la donnèrent au monastère de Notre-Dame-de-Long-Pont, près Montlhéri; mais on ne voit à aucune époque que l'église Notre-Dame de Paris y ait placé des chanoines, comme elle l'avoit fait à Saint-Étienne et à Saint-Benoît, ce qui prouve qu'elle ne l'a pas long-temps possédée.

L'église de Saint-Julien-le-Pauvre, telle qu'elle a subsisté jusque dans les derniers temps, paroît avoir été rebâtie vers l'époque où elle fut donnée aux religieux de Long-Pont; et l'on pense que c'est alors qu'elle fut qualifiée prieuré. Au siècle suivant, l'université choisit ce lieu pour y tenir ses assemblées, qu'elle transféra ensuite aux Mathurins, puis au collége de Louis-le-Grand.

En 1655, ce prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu par un traité passé entre les administrateurs de cette maison et les religieux de Long-Pont. Cette union, confirmée par une bulle du pape, donnée en 1658, ne fut cependant entièrement consommée que par des lettres-patentes que le roi n'accorda qu'en 1697. La chapelle fut alors desservie par un chapelain à la nomination de la paroisse Saint-Séverin[243].

Chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis.

Cette chapelle étoit située à côté de Saint-Julien-le-Pauvre, dont elle dépendoit. Les maçons et les charpentiers y établirent leur confrérie en 1476. Elle fut rebâtie en 1684: cependant, comme elle menaçoit ruine, on jugea à propos de la démolir vers la fin du siècle dernier, et le service en fut transféré dans la chapelle Saint-Yves[244].

LA CHAPELLE SAINT-YVES.

La fondation de cette chapelle suivit de très-près la canonisation du personnage auquel elle étoit consacrée: car l'acte par lequel il est mis au rang des saints est de l'année 1347; et l'on voit que dès 1348[245] quelques particuliers de la province de Tours et du duché de Bretagne, désirant former entre eux une confrérie en son honneur, obtinrent de Foulques de Chanac, évêque de Paris, la permission de faire bâtir une chapelle ou une église collégiale sous son nom. D'autres titres nous apprennent que cette confrérie avoit un cimetière près de son église, lequel fut béni, en 1357, par l'évêque de Tréguier. Comme saint Yves, indépendamment du cours complet d'études qu'il avoit fait dans l'Université de Paris, s'étoit rendu très-habile dans l'étude du droit civil qu'il étoit allé étudier à Orléans, son église ou chapelle fut acquise, on ignore à quelle époque, par une confrérie composée d'avocats et de procureurs, qui l'a conservée jusque dans les derniers temps. Ils choisissoient l'un d'entre eux tous les deux ans pour en inspecter les desservants. Il y avoit aussi deux gouverneurs honoraires, dont l'un étoit ecclésiastique et inamovible; l'autre, laïc, lequel changeoit tous les trois ans.

Il y avoit dans cette église plusieurs chapellenies à la présentation des confrères, mais toutes d'un très-modique revenu. Les chanoines de Saint-Benoît étoient les curés primitifs de Saint-Yves[246].

LES CARMES.

Nous nous garderons bien de parler de cette prétention singulière qu'avoient les Carmes de faire remonter leur origine jusqu'aux prophètes Élie et Élisée, ni des discussions trop vives et peut-être un peu bizarres qui, vers la fin du dix-septième siècle, s'élevèrent à ce sujet entre ces religieux et les continuateurs de Bollandus. Si l'on peut alléguer que deux papes (Pie V et Grégoire XIII) permirent à cet ordre de prendre pour patrons ces deux grands personnages de la Bible, et approuvèrent un office destiné à célébrer leur fête, dans lequel Élie étoit reconnu pour fondateur et instituteur de l'ordre des Carmes, il faut avouer en même temps qu'un bref d'Innocent XII, donné en 1698, impose sagement un silence absolu sur l'institution primitive de cet ordre, et sur sa succession depuis Élie et Élisée jusqu'à nous. Tout ce que l'on sait de positif à ce sujet, c'est qu'au douzième siècle il y avoit en Syrie quelques solitaires qui s'étoient retirés sur le Mont-Carmel, où ils vivoient sans aucune règle particulière[247]. Ils en reçurent une, vers le commencement du siècle suivant, du B. Albert, patriarche de Jérusalem[248], et cette règle, approuvée, en 1224, par Honorius III, fut depuis mitigée et confirmée par plusieurs souverains pontifes.