Collége des Lombards (rue des Carmes).
On trouve aussi ce collége sous le nom de collége de Tournai ou d'Italie. Tous nos historiens s'accordent à lui reconnoître quatre fondateurs, tous domiciliés à Paris, André Ghini, Florentin, successivement évêque de Tournai, d'Arras et cardinal; François de l'Hôpital, bourgeois de Modène; Jean Reinier, bourgeois de Pistoie; et Manuel Rolland, de Plaisance. Mais la date de la fondation a fait naître des discussions trop minutieuses pour que nous croyions devoir les rapporter; on en peut toutefois conclure que l'acte n'en fut fait que en 1333[392], quoique les écoliers fussent établis depuis trois ans dans l'hôtel de l'évêque de Tournai, ce qui justifie la date de 1330, que portoit l'inscription gravée sur la porte de ce collége. André Ghini établit quatre bourses pour des Florentins; le sieur l'Hôpital, trois pour des écoliers du Modenois; Reinier, trois pour ceux de Pistoie; Rolland, une pour un étudiant de Plaisance: à défaut de sujets nés dans ces provinces, on devoit admettre indifféremment des élèves italiens, sous la condition qu'ils céderoient la place aussitôt qu'il s'en présenteroit avec toutes les qualités que demandoit la fondation. Les aspirants devoient être clercs, et n'avoir pas 20 livres de rente pour être admis; on nomma trois proviseurs ou directeurs de ce collége; les fondateurs les mirent sous la protection de l'abbé de Saint-Victor et du chancelier de Notre-Dame; enfin il fut stipulé que la maison où ils demeuroient, située au mont Saint-Hilaire, seroit appelée Maison des pauvres écoliers italiens de la charité de la bienheureuse Marie.
Ce collége fut peu à peu abandonné, et deux causes y contribuèrent: d'un côté, la modicité des bourses, insuffisantes pour procurer aux élèves les besoins de première nécessité, dégoûta les Italiens de s'expatrier; de l'autre, les Universités nombreuses qui se formèrent dans leur propre pays leur procurèrent des ressources assez grandes pour qu'ils ne fussent plus obligés d'aller chercher l'instruction chez une nation étrangère. Les bâtiments qu'ils avoient occupés tomboient en ruines, et alloient devenir tout-à-fait inhabitables, lorsque deux prêtres irlandois, le sieur Maginn et Kelli, formèrent le dessein de les faire réparer en faveur des prêtres et des étudiants de leur nation.
Dès l'année 1623, Louis XIII avoit permis aux Irlandois de recevoir des legs et des donations dont l'objet devoit être de leur procurer la facilité de faire leurs études à Paris. Louis XIV avoit confirmé cette permission en 1672, en y ajoutant celle d'acheter une maison qui pût leur servir d'hospice. Celle dont ils firent l'acquisition étoit située rue d'Enfer, et ils y ont demeuré jusqu'en 1685. Ce fut pendant cet intervalle que les sieurs Maginn et Kelli jetèrent les yeux sur le collége des Lombards, espérant en faire une habitation plus commode pour leurs compatriotes; mais les trois proviseurs, qui l'habitoient encore, refusèrent d'abord de leur en céder la propriété, et se contentèrent de nommer onze Irlandois aux bourses vacantes depuis plusieurs années. Cette nomination fut confirmée en 1677; mais comme il étoit à craindre que ces nouveaux boursiers ne fussent inquiétés par des Italiens qui auroient pu venir réclamer leurs anciens droits, MM. Maginn et Kelli proposèrent de faire réédifier ce collége à leurs frais, sous la condition qu'ils en seroient proviseurs leur vie durant, et que ces places seroient toujours occupées à l'avenir par des sujets de leur nation; proposition qui fut acceptée, et que de nouvelles lettres-patentes confirmèrent en 1681. La reconstruction de ce collége fut exécutée en conséquence de cette transaction; et M. Maginn lui légua en outre 2,500 livres de rente.
Malgré tous ces arrangements, il y eut, le 22 mars 1696, un acte d'association des boursiers irlandois à ceux du collége des Grassins. Un arrêt du parlement les renvoya, en 1710, au collége des Lombards. Toutefois cette association n'avoit eu lieu que pour les étudiants seulement, et ne comprenoit point ceux qui, après avoir fini leurs études, faisoient les préparations nécessaires pour pouvoir remplir dignement les fonctions de missionnaires en Irlande. Cette distinction fut consacrée par un autre arrêt du 20 mars 1728; ainsi cette maison devoit être à la fois considérée comme un séminaire et un collége: c'étoient deux communautés réunies.
On y comptoit, en 1776, cent prêtres et environ soixante clercs étudiants, dont le plus petit nombre payoit une très-modique pension: la charité des fidèles faisoit le reste. À cette époque les clercs irlandois furent transférés dans la rue du Cheval-Vert, comme nous le dirons ci-après.
Quelques années auparavant, les bâtiments du collége des Lombards avoient été réparés, et la chapelle avoit été reconstruite par la libéralité de M. de Vaubrun[393]. Son porche, de forme elliptique, et décoré de colonnes et de pilastres ioniques, avec entablement, avoit été élevé sur les dessins de Boscry, architecte[394].
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
Sur le maître-autel, un tableau représentant une Assomption; par Jeaurat.
Ce collége étoit possesseur d'une petite bibliothèque.