Collége de Tréguier (place Cambrai).
Une inscription qu'on lisoit sur la porte de ce collége portoit qu'il avoit été fondé en 1400, et Sauval, ainsi que ses copistes, avoient adopté cette date, qui ne pouvoit être que celle d'une reconstruction, car il est certain qu'il doit son origine à Guillaume de Coatmohan, grand-chantre de l'église de Tréguier, qui, par son testament du 20 avril 1325, le fonda pour huit boursiers, pris dans sa famille ou dans le diocèse de Tréguier. Les statuts que l'on fit pour ce collége en 1411 lui donnèrent de la réputation, et déterminèrent Olivier Doujon, docteur en droit, à y fonder, l'année suivante, six bourses nouvelles. Enfin, en 1575, ce collége fut considérablement augmenté par l'union qui lui fut faite du collége de Karembert. Celui-ci, qui portoit aussi le nom de Laon, parce qu'il avoit été crée pour des sujets de ce diocèse, étoit situé près de Saint-Hilaire. Du reste, nous ignorons par qui et à quelle époque il avoit été établi. Un M. de Kergroades, qui paroît avoir été parent du fondateur, et dont le consentement fut nécessaire pour opérer cette union, ne le donna qu'en se réservant la nomination des deux seules bourses qui y subsistoient encore. Ceci dura jusqu'en 1610, que le roi fit acheter le collége de Tréguier, pour élever le collége Royal sur son emplacement.
Le collége de Cambrai ou des Trois-Évêques (même place).
Il faut rectifier ce qui a été dit de ce collége par la plupart des historiens de Paris, qui le présentent comme ayant eu à la fois trois fondateurs. La vérité est qu'il fut institué en 1348, par une disposition testamentaire de Guillaume d'Auxonne, évêque de Cambrai, et ensuite d'Autun. Ce prélat, possesseur d'une maison et de jardins situés dans cet endroit, avoit formé le projet d'y fonder un collége, et d'affecter à cet établissement cette portion de ses biens: il chargea de l'exécution de ce projet Hugues de Pomare, évêque de Langres, par son testament du 13 octobre 1344; mais celui-ci mourut avant d'avoir pu remplir ses intentions. Il arriva en même temps que Hugues d'Arci, évêque de Laon, et depuis archevêque de Reims, mourut aussi sans avoir pu exécuter une fondation semblable qu'il s'étoit également proposée. Alors les exécuteurs testamentaires de ces trois prélats imaginèrent de se réunir, et instituèrent le collége dont nous parlons ici: c'est pour cette raison qu'il est souvent nommé collége des Trois-Évêques. L'acte qui contient cette donation est rapporté par Félibien sous la date de 1348[397]. Mais la manière dont il est conçu semble prouver que ce collége renfermoit déjà des étudiants, et par conséquent que le premier établissement étoit antérieur.
La maison et les jardins que Guillaume d'Auxonne avoit laissés étoient plus que suffisants pour loger les boursiers; on prit sur les biens des autres fondateurs ce qui étoit nécessaire pour fournir à leur subsistance, ce qui produisit un fonds de 200 liv. de rente. On voit par les statuts que ce collége étoit composé d'un maître, d'un chapelain faisant l'office de procureur, et de sept boursiers. Ceux-ci étoient à la nomination du chancelier de l'église de Paris, auquel le chapelain, nommé lui-même par les anciens boursiers, les présentoit.
En 1612, le roi ayant voulu faire l'acquisition du collége de Cambrai pour la construction des bâtiments du collége Royal, les commissaires de sa majesté passèrent un acte portant qu'après l'achèvement de cet édifice, le principal et les boursiers du collége détruit y seroient logés; que la chapelle qu'on y bâtiroit deviendroit leur propriété; qu'il seroit fait un fonds de 1000 liv. de rente pour leurs dommages et intérêts; enfin qu'on n'abattroit les constructions que jusqu'à la grande porte, de manière qu'ils pussent continuer à y loger jusqu'à ce que le bâtiment qu'on leur destinoit fût en état de les recevoir. Cette portion d'édifice fut conservée plus long-temps qu'on ne l'avoit cru, parce qu'alors le collége Royal ne fut pas fini, et les boursiers de celui de Cambrai ne cessèrent point d'y demeurer jusqu'à leur réunion au collége de Louis-le-Grand.
Deux professeurs de la faculté de droit et le professeur de droit françois, dont la chaire avoit été fondée en 1680 par Louis XIV, donnèrent des leçons dans le collége de Cambrai jusqu'à la construction des nouvelles écoles près de Sainte-Geneviève.
Collége-Royal (même place).
On a déjà pu voir dans cet ouvrage à quel dessein et dans quelles circonstances François Ier fonda cet établissement si digne d'un grand monarque. Il en avoit conçu l'idée dès le commencement de son règne, et son intention étoit de le placer à l'hôtel de Nesle (aujourd'hui le collége Mazarin); mais la guerre et les événements qui la suivirent en firent d'abord remettre l'exécution, et d'autres projets succédèrent ensuite à ceux-ci. En rapprochant et en conciliant les dates diverses que nos historiens ont données à cette fondation, on trouve que le roi, après avoir manifesté, en 1529, ses intentions pour la construction de ce collége, fixa, dès 1530, le nombre et les honoraires des professeurs qu'il nomma et institua l'année suivante. Cette fondation, vraiment royale, devoit répondre à la magnificence d'un prince qui mettoit en tout de la noblesse et de la grandeur: douze professeurs en langue hébraïque, grecque et latine, devoient recevoir par an 200 écus d'or pour honoraires, être logés dans ce collége, et y donner des leçons gratuites à six cents écoliers. Les circonstances n'ayant pas permis de construire les édifices projetés, les professeurs continuèrent d'enseigner dans les salles du collége de Cambrai et dans d'autres colléges. Mais si on en excepte cette partie du projet, toutes les autres clauses en furent remplies scrupuleusement; et même François Ier, faisant plus qu'il n'avoit promis, et voulant donner une preuve éclatante de l'affection particulière qu'il portoit à cette institution, donna, en 1542, aux professeurs la qualité de conseillers du roi, le droit de committimus[398], et les fit mettre sur l'état comme commensaux[399] de sa maison. C'est à ce titre qu'ils continuèrent jusqu'à la fin de prêter serment entre les mains du grand-aumônier.
François Ier avoit fondé les chaires royales pour les savants les plus célèbres, sans aucune distinction de régnicoles et d'étrangers; et vu le sage parti qu'il avoit pris de consulter sans cesse, dans l'exécution de son projet, les hommes distingués dans les sciences et les lettres qui remplissoient sa cour, il avoit été assez heureux pour ne faire que de très-bons choix. Ses successeurs n'y portèrent pas sans doute la même attention, et plus d'une fois des hommes médiocres usurpèrent dans cet illustre corps des places qui n'appartenoient qu'au vrai mérite; cependant la succession des maîtres y présente plus de noms célèbres que dans aucun autre corps littéraire; et l'on peut assurer qu'il n'en est aucun qui, à nombre égal, ait produit autant d'ouvrages sur toutes les parties des connoissances humaines. Henri II y fonda une nouvelle chaire d'éloquence latine; Charles IX, une de philosophie grecque et latine, et une de chirurgie; Henri III, une de langue arabe. Ce monarque avoit pris solennellement l'engagement de mettre à exécution le projet de François Ier relativement à la construction des bâtiments où devoient se réunir les professeurs, et à la dotation du nouveau collége; mais les guerres civiles et les malheurs dans lesquels elles le jetèrent, le réduisirent bientôt à ne pouvoir plus même payer les gages de ces professeurs. Leur fidélité n'en fut point ébranlée, et pendant tous les orages de la ligue, ils restèrent invariablement attachés à ce prince et à son successeur Henri IV, qui en fut instruit, et qui se déclara leur plus zélé protecteur. Le duc de Sulli partagea ces sentiments de bienveillance de son maître; et ce fut à sa sollicitation et à celle du cardinal du Perron, que ce prince prit la résolution de faire enfin construire les logements et les écoles qui leur étoient nécessaires. Il fut décidé qu'on abattroit le collége de Tréguier qui menaçoit ruine, et que sur cet emplacement on feroit élever un bâtiment de trente-trois toises de long sur vingt de large. On devoit y pratiquer quatre grandes salles, et disposer l'étage supérieur pour y placer la bibliothèque royale de Fontainebleau. Il étoit même question d'y établir une imprimerie, des ateliers pour les artistes, et de doter cette maison de dix mille écus de rente. La mort funeste de ce grand roi suspendit l'exécution d'un projet aussi magnifique, mais ne le détruisit pas entièrement. Trois mois après, Louis XIII, accompagné de la reine sa mère, vint poser la première pierre de la seule aile de ce bâtiment qui alors ait été entièrement achevée; c'étoit celle qui avoit été destinée pour loger la bibliothèque. Les troubles de la régence ayant bientôt fait cesser les travaux, on y pratiqua trois salles, qui servirent d'écoles aux professeurs; mais ils n'eurent ni logements ni augmentation de gages.