Le collége de Montaigu s'augmenta depuis considérablement par les libéralités de plusieurs personnes, et par les acquisitions que ces dons lui permirent de faire des hôtels ou colléges du Mont-Saint-Michel, de Vezelai, etc., et de celui des évêques d'Auxerre. Ce collége étoit de plein exercice; et dans les derniers temps le nombre des bourses s'élevoit à près de soixante[426].

Le collége d'Hubant ou de l'Ave-Maria (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).

Ce collége fut fondé, en 1336, par Jean de Hubant, conseiller du roi, dans une maison qu'il avoit achetée du monarque lui-même dès 1327. Il y établit et fonda quatre bourses en faveur de quatre pauvres étudiants, affectant à leur entretien une maison située rue des Poirées, une autre sise au cloître Sainte-Geneviève, et la troisième partie des dîmes du territoire de Sormillier. L'abbé, le prieur de Sainte-Geneviève et le grand-maître du collége de Navarre furent nommés pour faire exécuter cette fondation.

Jaillot pense qu'elle fut faite dans la maison de la rue Sainte-Geneviève, où ce collége resta établi jusqu'au moment de sa réunion. Cependant le censier de Sainte-Geneviève de 1380 n'en parle point à l'article de cette rue; mais à celui de la rue des Almandiers on lit: «Les écoliers de Hubant, pour leur maison à l'Image-Notre-Dame......... tenant d'un côté à Jean de Chevreuse, d'autre, au jardin du comte de Blois.» On voit par le même censier qu'ils avoient deux autres maisons joignant celle-ci, et une troisième vis-à-vis. Quant au nom de l'Image-Notre-Dame que portoit celle que nous venons de citer, il lui fut donné parce qu'au-dessus de la porte il y avoit une figure de la Vierge, aux pieds de laquelle étoient écrits ces deux premiers mots de la salutation angélique, Ave Maria; cette inscription ne tarda pas à devenir le nom du collége, et fit presque oublier celui du fondateur.

Ce collége avoit été réuni à celui de l'Université.

Collége des Grassins (rue des Amandiers).

Il doit son origine à M. Pierre Grassin, sieur d'Ablon, conseiller au parlement: ce magistrat laissa, par son testament du 16 octobre 1569, une somme de 30,000 livres, laquelle devoit être employée selon la disposition de M. Thierri Grassin, son frère et son exécuteur testamentaire, et par le conseil de M. Le Cirier, évêque d'Avranches, à fonder un collége de pauvres; ou s'il le trouvoit plus convenable, à bâtir sur l'eau une maison pour les pauvres malades. En cas que son fils vînt à mourir sans enfants, la somme destinée à cette fondation devoit être doublée. Celui-ci ne survécut pas long-temps à son père, et augmenta la fondation de 1200 liv. L'exécuteur testamentaire, Thierri Grassin, s'étant décidé à faire bâtir un collége, acheta, le 26 avril 1571, de M. de Mesmes, une partie de l'hôtel d'Albret, consistant en une grande maison et deux petites contiguës à la première. Les 1er et 15 mai suivants, il acheta encore quatre autres maisons voisines. À ces acquisitions, qui remplissoient les intentions des fondateurs, il ajouta ses propres bienfaits, et acheva de consolider cet établissement en lui léguant sa bibliothèque, et environ 3,000 livres de rente.

Les bâtiments de ce collége ne furent achevés qu'en 1574, quoique la première acquisition pût en faire remonter l'origine jusqu'en 1571, date qu'a donnée de préférence l'abbé Lebeuf. La chapelle fut bénite en 1578, sous l'invocation de la Vierge.

En 1696 on transporta, comme nous l'avons déjà dit, dans ce collége la fondation faite quelques années auparavant dans celui des Lombards, en faveur des pauvres étudiants irlandois. Ils y restèrent jusqu'en 1710, qu'un arrêt du parlement les fit retourner dans leur premier domicile.

La fondation primitive du collége des Grassins avoit été faite pour un principal, un chapelain, six grands boursiers et douze petits: vers la fin du dix-septième siècle, le mauvais état du temporel de cette maison mit dans la nécessité de suspendre douze de ces bourses, jusqu'au moment où l'acquittement des dettes permettroit de les rétablir. Ce moment fut accéléré par les libéralités de M. Pierre Grassin, seigneur d'Arci, directeur général des monnoies de France, libéralités qui furent assez grandes pour rendre à ce collége toute son ancienne splendeur. Les bourses, destinées de préférence aux pauvres écoliers de Sens et des environs, étoient à la collation de l'archevêque de cette ville[427].