[87]: C'est une accusation qu'en bon parlementaire le président Hénault n'a pas manqué de répéter: «La mort d'Innocent XI, ennemi déclaré de la France, arrivée le 12 août de l'année précédente (1690), et l'exaltation d'Ottoboni, sous le nom d'Alexandre VIII, suspendirent, dit-il, les différends de Rome et de la France.» À l'entendre, ne sembleroit-il pas qu'Alexandre VIII se montra beaucoup plus accommodant qu'Innocent XI? Nous ne tarderons pas à voir ce qui en arriva, et ce que gagnèrent au change les libertés gallicanes.

[88]: Après avoir passé en revue tous les prétendus griefs que le roi élevoit contre le pontife, et les avoir réduits à leur juste valeur, on y disoit, relativement aux desseins du prince d'Orange, «qu'en supposant qu'il eût des dispositions hostiles contre l'Angleterre, le meilleur moyen d'en empêcher l'exécution, et par suite le préjudice qu'en pourroit éprouver la religion catholique dans ce royaume, seroit de ne point engager sans sujet, et comme malgré eux, les princes chrétiens dans une guerre qui les mît hors d'état de secourir sa majesté britannique.» (Reboulet, t. 2, p. 399.) L'événement prouva que ce conseil étoit bon et en quelque sorte prophétique.

[89]: «Le pape Alexandre VIII, dit le comte de Maistre, par sa bulle Inter multiplices (prid. non. Aug., 1690), condamna et cassa tout ce qui s'étoit passé dans l'assemblée de 1682. Mais la prudence ordinaire du Saint-Siége ne permit point au pape de publier cette bulle, et de l'environner des solennités nécessaires. Quelques mois après cependant, et au lit de la mort, il la fit publier en présence de douze cardinaux. Le 30 janvier 1691, il écrivit à Louis XIV une lettre pathétique, pour lui demander la révocation de cette fatale déclaration, faite pour bouleverser l'Église; et quelques heures après avoir écrit cette lettre, qui tiroit tant de force de sa date, il expira.» (Zaccaria, Antifebronius vindicatus, t. 3, dissert. v, cap. v, p. 398.)

[90]: Les gallicans cherchent encore à chicaner sur le sens de cette lettre, qu'ils prétendent n'être qu'un acte de déférence à l'égard du pape, et à peu insignifiant en tout ce qui touche le fond de la question. En voici le contenu: «Prosternés aux pieds de V. S., nous venons lui exprimer l'amère douleur dont nous sommes pénétrés dans le fond de nos cœurs, et plus qu'il ne nous est possible de l'exprimer, à raison des choses qui se sont passées dans cette assemblée, et qui ont souverainement déplu à V. S. ainsi qu'à ses prédécesseurs. En conséquence, si quelques points ont pu être considérés comme décrétés dans cette assemblée sur la puissance ecclésiastique et sur l'autorité pontificale, nous les tenons comme non décrétés, et nous déclarons qu'ils doivent être regardés comme tels.»

[91]: Personne ne s'opposa plus fortement que Louvois à cette déclaration si avilissante pour le roi. Ce fut un vrai service qu'il lui rendit, et que madame de Maintenon ne lui pardonna point. Il n'échappa que par la mort à la vengeance de cette femme, qui se croyoit profondément outragée pour n'avoir pas été déclarée reine de France.

[92]: Le prince électoral de Bavière y étoit désigné roi d'Espagne; le dauphin y avoit pour sa part les royaumes de Naples et de Sicile, les places dépendantes de la monarchie espagnole situées sur la côte de Toscane ou îles adjacentes, la ville et le marquisat de Final, la province de Guipuscoa, nommément les villes de Fontarabie et Saint-Sébastien, situées dans cette province, et le port du passage. On donnoit à l'archiduc Charles d'Autriche le duché de Milan.

[93]: Relativement au dauphin, ce traité ne changeoit rien à ce qui avoit été établi dans le premier, si ce n'est qu'on y ajoutoit la Lorraine; le duc Léopold recevoit en dédommagement le Milanois, que l'on ôtoit à l'archiduc pour lui donner tout le reste de la monarchie espagnole.

[94]: Elle étoit juste sans doute, mais les réflexions suivantes de l'abbé de Saint-Pierre n'en méritent pas moins d'être remarquées: «Si, dit-il, depuis la paix de Nimègue il avoit donné jusqu'en 1700 des preuves de modération et de justice à ses voisins, il est vraisemblable que, lorsqu'en mourant Charles II appela le duc d'Anjou au trône d'Espagne, les Hollandois, les Anglois, les Italiens et les Allemands, excepté l'empereur, ne se seroient pas réunis pour donner cette couronne à l'archiduc, au préjudice de la famille d'un prince dont ils n'auroient pas redouté l'ambition. C'est donc encore à ce funeste défaut de Louis XIV qu'on doit attribuer la guerre désastreuse de la succession, dont on ne pourra jamais apprécier les dommages.

»Je me suis tant arrêté, ajoute-t-il, à prouver que ce monarque pécha toujours par excès de vanité, qu'il étoit idolâtre de la fausse gloire, et qu'il ne connut jamais la véritable, qui consiste à être modéré, juste et prudent; j'ai insisté sur ce point, parce que cette fausse gloire a été son principal défaut, le principe de presque toutes ses entreprises; qu'elle a causé les plus grands malheurs de sa vie, les plus grands malheurs de l'Europe et les plus grands malheurs de ses sujets.»

[95]: Le président Hénault.