Les cours de l'école royale des mines, indépendants des cours publics qui se tenoient trois fois la semaine, avoient lieu tous les jours dans cette salle. Le public pouvoit y assister; mais on n'étoit admis au nombre des élèves qu'après avoir subi des examens.[265]
LE COLLÉGE MAZARIN, DIT DES QUATRE-NATIONS.
On sait que le cardinal Mazarin, n'ayant pu exécuter lui-même le projet qu'il avoit formé d'établir un collége en faveur d'un certain nombre de jeunes gentilshommes ou principaux bourgeois des pays nouvellement conquis, ordonna, par son testament du 6 mars 1661, que, sous le bon plaisir du roi, il seroit fondé un collége, sous le nom et titre de Mazarin, pour soixante gentilshommes ou bourgeois de Pignerol et de son territoire, de l'État ecclésiastique, d'Alsace et pays d'Allemagne, de Flandre et de Roussillon[266]. Dans le même acte, ce ministre inséra les statuts qu'il avoit fait dresser pour ce collége et académie, et légua, pour assurer le succès de sa fondation, deux millions en argent, 45,000 liv. de rente sur l'hôtel de ville et sa bibliothèque, suppliant en outre S. M. de vouloir bien unir à tous ces dons, et à perpétuité, le revenu de l'abbaye de Saint-Michel en l'Herm, dont il étoit titulaire. Toutes ces dispositions furent exactement remplies par MM. de Lamoignon, Fouquet, Le Tellier, Zongo-Ondedei, évêque de Fréjus, et Colbert, ses exécuteurs testamentaires. Comme un établissement aussi magnifiquement conçu demandoit un très vaste terrain et de nombreux bâtiments, ils jettèrent d'abord les yeux sur le palais d'Orléans dit le Luxembourg; mais le prix considérable qu'il auroit coûté, et les changements dispendieux qu'il auroit fallu y faire, les forcèrent d'y renoncer; et ils se déterminèrent à acheter ce qui restoit encore de l'hôtel et du séjour de Nesle. Ils y joignirent quelques maisons voisines, et obtinrent, au mois de juin 1665, des lettres-patentes, enregistrées le 14 août, par lesquelles Sa Majesté confirmant cette fondation, vouloit qu'elle fût considérée comme fondation royale.
Le monument, commencé sur les dessins de Levau, premier architecte du roi, fut exécuté par deux autres architectes, Lambert et d'Orbay. On démolit à cet effet, en 1662, la tour de Nesle, reste des anciens hôtels dont nous venons de parler; et sur ce vaste emplacement, s'élevèrent assez rapidement, et les immenses constructions qui forment le corps de cet édifice, et cette façade, unique dans son genre à Paris, qui se compose d'un avant-corps, surmonté d'un dôme et de deux ailes en demi-cercle, que terminent deux gros pavillons; mélange singulier de parties incohérentes, de lignes ressautées, de pilastres alliés avec des colonnes et de toutes les combinaisons systématiques de l'ancienne architecture françoise, mais dont la masse présente cependant une décoration d'un effet imposant, et tel qu'on pouvait le désirer pour accompagner heureusement la façade latérale du Louvre, située en regard, sur la rive opposée de la Seine[267].
On a reproché aux deux pavillons du collége des Quatre-Nations d'intercepter le passage et même la vue du quai dans toute son étendue; et, depuis long-temps, l'opinion générale semble demander leur démolition. Le quai y gagneroit sans doute; mais il faudrait renoncer à l'heureux effet que produisent les masses combinées du dôme et de ces pavillons, disposition pittoresque et théâtrale que l'on trouve si rarement à Paris, où la plupart des monuments, ensevelis au milieu d'une foule de constructions étrangères, ne se présentent presque jamais, dans tout leur développement, et sous un point de vue agréable. Il est certain que, ces deux parties du bâtiment étant détruites, le dôme, isolé dans une trop vaste étendue, ne paroîtroit plus qu'un point maigre et de l'aspect le plus mesquin.
L'avant-corps, décoré de colonnes et de pilastres corinthiens et surmonté d'un fronton triangulaire, sert d'entrée à l'intérieur du dôme, autrefois la chapelle du collége, et dédiée sous le nom de Saint-Louis; cet intérieur a cela de singulier, qu'il est de forme elliptique, tandis que le dôme extérieur est circulaire, moyen ingénieux employé par l'architecte pour placer dans l'épaisseur des murs quatre escaliers à vis par lesquels on monte à quatre tribunes, et sur le comble de l'édifice. Autour de cette courbe ovale s'élevoient quatre grandes arcades séparées par des pilastres corinthiens, dont l'une servoit d'entrée et les trois autres de chapelles. La coupole, qui paroît un peu élevée pour son petit diamètre, offroit, dans toutes ses parties, un grand luxe de peinture et de sculpture; le dôme, décoré extérieurement de pilastres, est garni de bandes de plomb doré qui répondent symétriquement à ces pilastres, et se terminent au campanille placé sur son sommet[268].
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une Nativité; par Alexandre Véronèse.
SCULPTURES.
Au dessus de la corniche du maître-autel, un bas-relief représentant saint Louis qui reçoit la couronne d'épines des mains du patriarche de Jérusalem; par Bocciardi.