BIBLIOTHÈQUE.
Cette bibliothèque, l'une des plus belles et des plus nombreuses de Paris, se compose des débris de cette fameuse bibliothèque du cardinal Mazarin, dont le parlement ordonna en 1652 la confiscation et la vente. Elle avoit été formée par Gabriel Naudé, le plus habile bibliographe de son temps; ce fut encore lui que le cardinal chargea, après la fin des troubles, d'en créer une autre en rassemblant ce qu'il pourroit retrouver de l'ancienne, ce qu'il fit avec tant de succès, qu'elle fut rétablie presque en son entier. On y joignit ensuite la bibliothèque de M. Descordes, chanoine de Limoges; après sa mort, celle de Naudé lui-même; et successivement l'on y ajouta tous les bons livres, tant manuscrits qu'imprimés, que l'on put recueillir dans toutes les parties de l'Europe. À la mort du cardinal, elle contenoit vingt-sept mille volumes et un grand nombre de manuscrits, qui furent transportés alors dans la bibliothèque du roi. Vers le milieu du dernier siècle, le nombre des livres, presque doublé, s'élevoit à plus de quarante-cinq mille. À cette époque (en 1740) les dimensions de cette bibliothèque furent changées, surtout par l'élévation des plafonds, de manière à contenir vingt mille volumes de plus qu'elle n'en renfermoit. Elle a reçu, depuis la révolution, des accroissements considérables, par les nombreux dépôts de livres qui y ont été annexés.
C'est la bibliothèque de Paris la plus riche en livres de médecine et en matériaux pour l'histoire d'Allemagne. Elle est enrichie de globes de Coronelli, et de bustes en bronze et en marbre, dont quelques-uns sont antiques.
LES AUGUSTINS RÉFORMÉS, DITS LES PETITS-AUGUSTINS.
Nous avons fait connoître avec beaucoup de détails l'origine des Augustins, l'époque de leur établissement à Paris[271], la réforme opérée dans leur ordre, la fondation faite dans cette capitale, par la reine Marguerite de Valois, d'un couvent de ces Augustins réformés, et le caprice singulier qui la détermina à révoquer la donation qu'elle avoit stipulée en leur faveur et à leur substituer d'autres religieux du même ordre, tirés de la province de Bourges[272]. Quoique le procédé de cette princesse eût toutes les apparences de l'injustice, ce changement n'en fut pas moins approuvé par un bref de Paul V, du 14 août 1613, et confirmé par des lettres-patentes de la même année. L'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Germain y donnèrent aussi leur consentement[273].
Deux ans après, la reine Marguerite mourut sans avoir pu exécuter les promesses qu'elle avoit faites; et les nouveaux habitants de ce monastère eussent tiré peu d'avantage de son bienfait, si quelques personnes pieuses ne fussent venues à leur secours, et par leurs libéralités n'eussent contribué à soutenir leur établissement naissant. La fondatrice y avoit fait bâtir une chapelle assez jolie, richement décorée[274], mais beaucoup trop petite: ces religieux se trouvèrent bientôt des ressources suffisantes pour faire construire une plus grande église, dont la reine Anne d'Autriche posa la première pierre le 15 mai 1617. Cet édifice, qui n'avoit rien de remarquable dans son architecture, fut achevé en 1619 et dédié sous l'invocation de saint Nicolas de Tolentin[275].
Nous avons dit que le terrain accordé aux Augustins par la fondatrice consistoit en une place qui avoit précédemment appartenu aux Frères de la Charité, et en six arpents du petit pré aux clercs que cette princesse avoit pris à cens et à rente de l'Université[276]. Ces pères avoient trouvé le moyen de tirer un parti avantageux de cette partie de leur territoire en le rétrocédant, par portions, à des particuliers, à la charge d'y bâtir, et de leur payer certaines redevances annuelles; c'est ainsi que se formèrent les rues Jacob et des Saints-Pères. Mais les maisons qui les composoient n'étoient pas encore entièrement bâties, que l'Université résolut de rentrer dans ses droits, et se pourvut à cet effet contre le contrat passé entre elle et la reine Marguerite. Le parlement fit droit à sa demande, et donna en 1622 un arrêt pour la faire rentrer dans cette propriété; ce qui priva les Augustins du fruit de leurs travaux et de la plus belle partie de leurs revenus.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAUX.
Dans le cloître, une suite de tableaux à fresque exécutés par des peintres médiocres et peu connus. Les deux principaux représentoient:
La reine Marguerite donnant à un moine Augustin le contrat de fondation qu'elle avoit passé en faveur de son couvent.