LES FRÈRES DE LA CHARITÉ.
Une maison de la ville de Grenade, louée, en 1540, par Jean de Dieu, pour y retirer et soigner les pauvres malades, devint le berceau d'une congrégation qui, dès son origine, s'est répandue dans une grande partie de l'Europe. Le charitable instituteur, que sa vertu sublime a fait mettre au nombre des saints, étoit pauvre et d'une naissance commune; mais la Providence, à laquelle il remit le succès de sa généreuse entreprise, ne l'abandonna point, et lui envoya de pieux associés qui se trouvèrent heureux de partager ses fonctions. Ainsi se forma une petite communauté, qui n'eut d'abord d'autre règle à suivre que l'exemple de son digne chef. Il mourut le 8 mars 1550; et sa congrégation ne fut approuvée par le saint siége et mise sous la règle de Saint Augustin qu'en 1572. Ayant bientôt formé des établissements en Italie, les Frères de la Charité se trouvèrent sous l'autorité immédiate du pape Sixte V, qui leur permit, en 1586, de dresser des constitutions, et de tenir un chapitre général. Leur ordre reçut en même temps le titre de congrégation de Jean de Dieu; et Paul V l'érigea en ordre religieux l'an 1609. Aux trois vœux ordinaires, ils ajoutèrent celui d'exercer l'hospitalité, en vertu d'un bref du même pape de l'année 1617.
Marie de Médicis n'amena point des Frères de la Charité en France, comme l'a prétendu le P. Hélyot; mais un an après son mariage, en 1601, elle en fit venir quelques-uns de Florence, et les établit, en 1602, au lieu qu'occupèrent depuis les Petits-Augustins. Ils obtinrent presque aussitôt des lettres-patentes du roi, le consentement de l'archevêque de Paris, etc.
Marguerite de Valois, ayant désiré avoir, pour sa fondation, le terrain qu'occupoient ces religieux, en traita avec eux en 1606, et les fit transférer dans une autre maison accompagnée d'un grand jardin, et située rue des Saints-Pères, près de la chapelle Saint-Pierre. Cette chapelle, dont nous allons bientôt parler, appartenoit alors à la paroisse Saint-Sulpice; et les Frères de la Charité, qui obtinrent alors la permission d'y célébrer l'office divin, n'en acquirent l'entière propriété qu'en 1659. Toutefois, à cette dernière époque, l'ancienne chapelle n'existoit plus depuis long-temps: dès 1613, elle avoit été démolie, et l'on avoit commencé aussitôt à en bâtir une plus grande sur le propre terrain de ces religieux. La reine Marguerite en posa la première pierre dans cette même année 1613; mais elle ne fut dédiée sous l'invocation de saint Jean-Baptiste qu'en 1621; et l'on y mit enfin la dernière main en 1733, en y faisant construire un portail d'assez bon goût, qui fut élevé sur les dessins de de Cotte, architecte. En 1738, ces religieux acquirent une portion de terrain aliénée peu de temps auparavant par l'abbaye Saint-Germain, et sur cet emplacement firent bâtir des salles plus vastes pour y recevoir un plus grand nombre de malades. M. Antoine, architecte de l'hôtel des monnoies, donna le dessin et dirigea la construction d'une de ces salles, disposa la cour sur un nouveau plan, et décora l'entrée de l'hospice d'un petit porche à colonnes sans bases, d'un très bon style[278].
CURIOSITÉS DE L'HOSPICE DE LA CHARITÉ.
TABLEAUX.
Dans la nef de l'église qui étoit propre et régulière, le martyre de saint Pierre et celui de saint Paul; par Cazes.
Saint Jean prêchant dans le désert; par Verdot.
La Résurrection du Lazare; par Galoche.
La Multiplication des pains; par Hallé.
Notre Seigneur guérissant les malades; par d'Ulin.