En parlant du couvent qu'avoient ces religieux dans la rue Saint-Honoré, nous avons fait mention de la réforme que le P. Sébastien Michaëlis avoit introduite dans leur ordre. Afin d'en assurer le succès, le P. Nicolas Rodolphi, général de l'ordre, résolut d'établir en France un noviciat général pour ceux qui voudroient embrasser cette réforme. Il y fut autorisé par un bref d'Urbain VIII, donné en 1629, par des lettres-patentes de Louis XIII, et trouva en même temps, dans le cardinal de Richelieu, un protecteur puissant, qui, par ses bienfaits, mérita d'être considéré comme le fondateur du nouvel établissement. Dès 1631, quatre religieux, tirés de la maison de la rue Saint-Honoré, avoient été placés dans celle-ci, située rue Saint-Dominique, et qui n'étoit alors qu'un bâtiment très simple, avec un jardin et un clos contenant sept arpents et demi. Ils y firent construire aussitôt une petite chapelle, qui fut bénite en 1632. Mais le nombre des sujets qui se présentoient pour subir les épreuves et obtenir leur admission dans l'ordre, augmentant chaque jour, il fallut penser à bâtir des lieux plus réguliers. Ils commencèrent par l'église, qui fut élevée sur les dessins de l'architecte Pierre Bullet. La première pierre en fut posée, en 1682, par M. Hyacinthe Serroni, archevêque d'Albi, et par madame Anne-Montbazon, duchesse de Luynes. Elle fut achevée l'année suivante.
Ce bâtiment, d'une médiocre grandeur, et décoré intérieurement d'un ordre de pilastres corinthiens, offre tous les caractères de l'architecture employée à cette époque dans les édifices sacrés, et du reste n'a rien de remarquable. Le portail, rebâti quelques années avant la révolution par le frère Claude, religieux de cette maison, se compose de deux ordres élevés l'un sur l'autre, dans la forme pyramidale adoptée pour le plus grand nombre des églises de Paris; mais ces deux ordres, dont l'ensemble a quelque apparence, sont d'une proportion, et surtout d'une maigreur qui peut choquer l'œil le moins exercé[310].
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAUX.
Dans les panneaux du chœur, dont la boiserie étoit exécutée avec soin, et très estimée, neuf tableaux, dont les sujets étoient tirés de la vie de Jésus-Christ; par le frère Jean André, religieux de cette maison.
Dans le plafond de ce chœur, la Transfiguration de Notre Seigneur; par Le Moine.
Au milieu du rond-point de l'église, la Résurrection de Jésus-Christ; par le frère André.
Dans l'attique, à l'entrée du chœur, saint Thomas-d'Aquin en extase; par le même.
En regard, le pape Pie V à genoux devant un crucifix, adressant ses vœux au ciel pour l'heureux succès de la bataille de Lépante; par le même.
Dans la chapelle du Rosaire, à gauche du maître-autel, la sainte Vierge donnant un rosaire à saint Dominique; par un peintre inconnu.
Dans la chapelle Sainte-Hyacinthe, sur l'autel, l'image de ce saint traversant un grand fleuve pour dérober les choses saintes aux Tartares qui pilloient la ville de Kiovie; sans nom d'auteur.