«Le second confesseur de la pucelle rachetait par ses vertus l'infamie du premier; il était auprès de sa pénitente. Comme on avait voulu la donner en spectacle au peuple, le bûcher était très-élevé, ce qui rendit le supplice plus douloureux et plus long. Lorsque Jeanne sentit que la flamme l'allait atteindre, elle invita le frère Martin à se retirer avec un autre religieux, son assistant. La douleur arracha quelques cris à cette pauvre et glorieuse fille. Les Anglais étaient rassurés; ils n'entendaient plus cette voix que sur le champ des martyrs. Le dernier mot que Jeanne prononça au milieu des flammes fut Jésus, nom du consolateur des affligés et du Dieu de la patrie.

«Quand on présuma que la pucelle avait expiré, on écarta les tisons ardens afin que chacun la vît: tout était consumé hors le cœur qui se trouva entier.»

Le procès de cette femme à jamais célèbre offrit une foule de particularités qui tournent à sa gloire aussi bien qu'à la honte de ses juges. On ne peut se faire une idée des questions insidieuses, des menaces, des mensonges, des faux matériels qui furent mis en usage pour donner à son innocence toutes les couleurs du crime; mais l'énergie, la justesse et la dignité des réponses de l'accusée confondirent plus d'une fois ses accusateurs. Elle subit plusieurs interrogatoires où elle montra un courage inébranlable, joint à la plus touchante douleur. Elle se soumit à l'examen des matrones pour qu'on n'eût point à douter de sa virginité; mais le rapport de ces femmes lui ayant été favorable, on se garda bien d'en faire mention au procès, parce qu'il eût anéanti le principal chef d'accusation, celui de magie et de sorcellerie.

Bien loin de nier qu'elle eût fait des prédictions, elle dit à ses juges qu'avant sept ans les Anglais ne posséderaient plus rien en France. Dans le cours de cette infâme procédure, Jeanne en appela au jugement du pape. Mais Cauchon, évêque de Beauvais, qui joua le rôle le plus odieux dans toute cette affaire, fit supprimer cette demande au procès-verbal; sur quoi Jeanne lui dit: Vous ne voulez écrire que ce qui est contre moi, et vous ne voulez pas faire mention de ce qui est pour moi. Interrogée pourquoi elle avait osé assister au sacre de Charles avec son étendard, elle répondit: Il est juste que qui a eu part au travail, en ait à l'honneur. Réponse digne d'une mémoire éternelle, selon l'expression même de Voltaire.

Lorsqu'on lui signifia sa sentence de mort, elle fondit en larmes, et s'écria: J'en appelle à Dieu, le grand juge des grands torts et ingravances qu'on me fait.

Le croira-t-on? Charles VII, qui lui devait la conquête de ses états et la conservation de sa couronne, ne fit rien pour venger la mort de cette héroïne. En 1455, on s'adressa au saint-siége pour la révision du procès de cette grande victime, et son innocence fut facilement constatée. Le pape Calixte III réhabilita sa mémoire, et la déclara martyre de sa religion, de sa patrie et de son roi.

On conserve encore à Domremy la chaumière des parens de Jeanne d'Arc. Des Anglais avaient voulu l'acquérir pour la faire transporter dans leur île, mais le propriétaire, quoique très-pauvre, repoussa leurs offres qui auraient pu l'enrichir, et aima mieux conserver à son pays ce monument de sa vieille gloire.


[RÉPARATION]
D'UN MEURTRE COMMIS DANS LE COUVENT
DES GRANDS-AUGUSTINS DE PARIS.

C'est avec raison que l'on a dit que les monumens des arts sont les conservateurs les plus curieux des faits historiques, des mœurs et des coutumes des peuples. On voyait, avant la destruction de l'église des Augustins de Paris, au coin de la rue et du quai du même nom, un bas-relief gothique dont les figures représentaient une satisfaction publique qui fut faite à la justice, aux Augustins et à l'Université, pour réparation d'un crime commis sur la personne de deux religieux dans l'intérieur de ce couvent.