Le maréchal de Retz fut condamné à être brûlé vif dans la prairie de Nantes, ce qui fut exécuté le 23 décembre 1440.
[CRIMES DE LOUIS XI,]
ROI DE FRANCE.
SUPPLICE DE JACQUES D'ARMAGNAC,
DUC DE NEMOURS.
Le règne de Louis XI ne rappelle partout que de tristes et pénibles souvenirs. «Les temps précédens, dit Voltaire, avaient inspiré des mœurs fières et barbares dans lesquelles on vit éclater quelquefois de l'héroïsme. Le règne de Charles VII avait eu des Dunois, des La Trémouille, des Clisson, des Richemont, des Saintrailles, des Lahire, et des magistrats d'un grand mérite; mais sous Louis XI pas un grand homme. Il avilit la nation. Il n'y eut nulle vertu; l'obéissance tint lieu de tout, et le peuple fut enfin tranquille comme les forçats le sont dans une galère. Ce cœur artificieux et dur avait pourtant deux penchans qui auraient dû mettre de l'humanité dans ses mœurs: c'était l'amour et la dévotion. Il eut des maîtresses, il eut trois bâtards; il fit des neuvaines et des pèlerinages. Mais son amour tenait de son caractère, et sa dévotion n'était que la crainte superstitieuse d'une âme timide et égarée. Toujours couvert de reliques et portant à son bonnet sa Notre-Dame de plomb, on prétend qu'il lui demandait pardon de ses assassinats avant de les commettre. Il donna par contrat le comté de Boulogne à la sainte Vierge. La piété ne consiste pas à faire la Vierge comtesse, mais à s'abstenir des actions que la conscience reproche, que Dieu doit punir, et que la Vierge ne protége point.»
Louis XI, fils de Charles VII, fut le premier roi absolu en Europe depuis la chute de l'empire de Charlemagne. Sa vie fut une longue trame de perfidies et de crimes. Fils dénaturé, frère barbare, mauvais père, despote sanguinaire, il sut réunir dans son cœur tous les penchans les plus pervers.
Il remplit d'amertume les dernières années de la vie de son père: il fut l'auteur de sa mort. Le malheureux Charles VII mourut par la crainte que son fils n'attentât à ses jours; le poison qu'il redoutait fit qu'il se laissa mourir de faim. Une telle crainte de la part d'un père prouve suffisamment contre le caractère du fils.
Parjure à tous ses sermens, à moins qu'il ne jurât par un morceau de bois qu'on appelait la vraie croix de Saint-Laud, on le vit, après le traité de Conflans, faire jeter dans la Seine plusieurs bourgeois de Paris qu'on soupçonnait d'être attachés à la ligue dite du bien public qui s'était formée contre lui. On liait ces malheureux deux à deux dans un sac, et on les plongeait ainsi dans le fleuve.
Comme il redoutait son frère, le duc de Guienne, il ne balança pas à s'en défaire; il le fit empoisonner presque en sa présence par un moine bénédictin, nommé Favre Vesois, confesseur de ce prince. Cet empoisonnement n'est point un de ces prétendus crimes qu'invente souvent la malignité humaine, surtout à l'occasion de la mort des grands. Le duc de Guienne avait pour maîtresse la comtesse de Montsoreau, une des plus belles et des plus aimables femmes de son temps. Le prince soupait un jour entre cette dame et son confesseur; à la fin du repas, le moine présenta au duc une pêche dont on admira la grosseur et la beauté; elle était empoisonnée. Presque aussitôt après en avoir mangé, la comtesse de Montsoreau mourut, et le prince tomba dans d'affreuses convulsions, auxquelles il succomba peu de temps après. Odet Daidie, brave seigneur, fidèlement attaché au duc de Guienne, voulut faire punir l'empoisonneur. Il se saisit de la personne du moine, et le conduisit loin de Louis, en Bretagne, pour qu'on lui fît son procès. Mais le jour qu'on devait prononcer la sentence de ce moine, on le trouva mort dans son lit. Pour imposer à la clameur publique qui l'accusait de ce crime, Louis XI se fit apporter les pièces du procès, et nomma des commissaires; mais ceux-ci, fidèles observateurs de leurs instructions secrètes, ne décidèrent rien, et furent comblés de bienfaits par le monarque.
Ce qui prouve la bassesse de son âme, c'est qu'il prenait ordinairement dans la fange ses confidens les plus intimes, ses ministres les plus importans. Ainsi Olivier-le-Daim ou le Diable, son barbier, était en même temps l'homme le plus puissant et le plus redouté de la cour; et Louis XI appelait son compère le trop fameux Tristan, grand prevôt des archers, dont il faisait sa société habituelle. Ces deux misérables, complaisans ministres des vengeances de leur maître, étaient en horreur à tous les gens de bien. Ce Tristan ne se contentait pas d'obéir quand on lui commandait d'ôter la vie à des hommes qui n'avaient été convaincus d'aucun crime, mais encore il le faisait avec une précipitation singulièrement barbare. Il arrivait souvent de là que, afin de réparer ses méprises, il fallait qu'il tuât deux personnes au lieu d'une.