[HISTOIRE DU JEUNE AUBRIOT.]

Le libertinage et la cupidité deviennent le plus souvent les sources de la plupart des crimes qui désolent la société. Ce sont deux mobiles dont la funeste puissance ne connaît aucun obstacle et fait braver toutes les considérations, toutes les lois, même celles de la nature, qui devraient être indélébilement gravées dans le cœur de tous les hommes.

Le sieur Guillaume de Aubriot, écuyer, seigneur de Courfrault, avait épousé, au commencement du XVIIe siècle, Edmée de Longueau, fille d'une famille noble. Cette femme était d'une beauté remarquable: on eût dit que la nature l'avait parée à plaisir de tous ses dons. Le moral n'avait pas été aussi heureusement partagé. Madame de Courfrault, nullement retenue par la pudeur, ce bel ornement de son sexe, montrait un penchant irrésistible pour la galanterie. Elle entretenait une liaison criminelle avec un sieur Dumourier. Ce commerce avait été long-temps favorisé par une absence du mari. Mais celui-ci étant revenu, sa présence devint gênante et odieuse, et l'on songea aux moyens de s'en affranchir.

Il en coûte peu au crime pour se satisfaire: il n'hésite pas à embrasser les partis les plus violens. Il fut décidé entre les deux amans que M. de Courfrault serait empoisonné. Dumourier se chargea de préparer le poison, et l'épouse adultère le présenta à son mari, comme breuvage salutaire et cordial. M. de Courfrault mourut au mois de septembre 1623.

Il laissait après lui deux enfans, une fille nommée Françoise, et un fils nommé Christophe, qui était né estropié. La dame de Courfrault se fit élire tutrice de ses enfans.

Un frère utérin de M. de Courfrault, nommé Jean de Bonneval, homme sans mœurs et sans probité, qui se connaissait en crimes, ne se trompa pas sur la cause et les véritables auteurs de la mort de son frère. Néanmoins, au lieu de songer à en tirer vengeance, il crut plus convenable de s'occuper des moyens de rendre ce crime profitable à sa propre famille et d'en assurer les fruits à un fils mineur qu'il avait.

Il s'agissait de faire entrer dans un couvent le jeune Christophe de Courfrault, et de faire donner tous les biens de ce jeune homme à sa sœur Françoise, que l'on marierait ensuite avec le fils unique de Bonneval.

En effet, par suite des habiles manœuvres du sieur de Bonneval, le mariage qu'il convoitait fut célébré. Mais les fêtes de la noce étaient à peine oubliées que le procureur du roi à Provins vint troubler le coupable repos de la dame de Courfrault. Il lança contre elle et son amant une accusation portant que celui-ci avait préparé le poison qui avait abrégé les jours de M. de Courfrault, et que sa femme le lui avait administré. Des témoins furent entendus; le crime fut prouvé, et les deux coupables entendirent l'arrêt qui les condamnait à être brûlés vifs.

La femme adultère et empoisonneuse échappa à l'horreur de son supplice. Son beau-frère, sa fille et son gendre, lui ménagèrent des moyens d'évasion; mais son complice subit son jugement dont appel, n'avait été interjeté ni par lui ni par son infâme maîtresse.

Toutefois cette femme se trouva bientôt dans une position à regretter d'avoir survécu à Dumourier. Le sieur de Bonneval l'avait à dessein réfugiée dans sa maison; et lorsqu'il l'eut en son pouvoir, il en devint tout à la fois le geôlier et le bourreau. Il l'avait séquestrée dans une étable, où cette misérable, qui avait évité la main de l'exécuteur de la justice, périt de misère et de faim sous la garde de son cruel beau-frère.