Sans doute que le sieur Lafitte avait pu, par une conduite peu régulière, par les désordres qui avaient amené sa séparation d'avec la mère de ses enfans, par d'autres désordres qui avaient pu suivre cette séparation, prêter le flanc aux attaques de la médisance et de la malignité. Il paraît que la présence des deux filles Naudin et Verdier dans sa maison n'était pas pure de tout reproche. Il paraît même que la conduite de la Naudin, dans toute cette affaire, avait pu être déterminée par la jalousie que lui causaient les préférences dont Anne Verdier était devenue l'objet de la part du sieur Lafitte. Quoi qu'il en soit, et quelque blâmables que fussent les écarts de cet homme, rien dans tout cela n'annonçait une perversité du genre de celle que déversait sur lui l'horrible accusation qui l'avait traîné devant les tribunaux. Il nous est doux de penser qu'il y a bien loin encore de la débauche à l'inceste et au parricide. On transige quelquefois à l'égard des lois de la société, parce que l'égoïsme étroit des passions ne veut y voir qu'une tyrannie; mais l'homme n'est pas le maître d'en agir de même avec les lois de la nature, parce qu'elles tiennent intimement à ces mêmes passions, et qu'elles ont de profondes racines dans son propre cœur.

Cette cause intéressante, après plusieurs conflits de juridiction, avait enfin été portée devant le parlement de Toulouse. Elle fut plaidée au mois de juin 1789, et sur l'éloquente défense prononcée en faveur du sieur Lafitte par M. Mailhe, avocat distingué, la première procédure fut annulée, et il fut ordonné que l'on en entamerait une nouvelle.

Mais les grands événemens politiques survenus peu après suspendirent pour long-temps le cours ordinaire de la justice. Le peuple ayant ouvert les portes des prisons à ceux qu'elles renfermaient, le sieur Lafitte en sortit, et depuis il ne s'est pas représenté à la justice pour solliciter l'examen de l'accusation élevée contre lui; ce qui a lieu d'étonner, puisque son défenseur en avait contracté l'engagement en son nom. Peut-être recula-t-il devant ce nouveau sacrifice qu'il se devait sans doute à lui-même; peut-être craignit-il de livrer encore une fois son innocence aux chances si incertaines de la justice des hommes. Au reste, cette circonstance aurait pu donner quelque poids aux manœuvres de ses accusateurs, si la voix de la nature n'était pas plus puissante que toutes les présomptions.


FIN DU QUATRIÈME VOLUME.

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TABLE DES MATIÈRES
DU QUATRIÈME VOLUME.

Enfant réclamé par deux pères.Page[1]
Séparation demandée après sept jours de mariage.[18]
La fille Lescop, ou le triomphe tardif de l'innocence.[29]
Remy Baronet, victime de la prévention.[41]
Pierre Bellefaye, fratricide.[51]
Quentin Beaudouin, assassin de sa femme.[56]
Charlotte Plaix.[61]
Le maçon Cahuzac pendu injustement.[71]
Gombert, assassin du mari de sa maîtresse.[78]
Sevreuse, empoisonneuse d'enfans.[84]
Jeanne-Marie-Thérèse Judacier, parricide.[97]
Femme injustement accusée de l'assassinat de son mari.[102]
Docteur en médecine pendu pour vol.[109]
Marie Gélibert, accusée d'avoir poignardé son mari.[118]
Boucher, ou l'assassin de seize ans.[123]
La bergère auvergnate.[127]
Famille d'assassins.[131]
Accusation d'assassinat mal fondée.[137]
Le pauvre tailleur victime de sa bienfaisance.[141]
Usurier puni.[145]
Conduite inouïe d'une femme à l'égard de son mari.[151]
Le meurtre de Saint-Béat.[157]
Atroce sang-froid d'un assassin.[170]
Accusation réciproque d'assassinat.[174]
Servante qui étrangle sa maîtresse.[180]
Honoré Jourdan, condamné comme assassin, et ensuite justifié.[189]
Homicide d'une espèce particulière.[200]
Blaise Ferrage, ou le brigand anthropophage.[205]
Françoise Tiers, ou l'homicide légitime.[211]
Le conseiller de Vocance, faussement accusé d'empoisonnement.[220]
Moinot, empoisonneur de sa famille.[231]
Barbe Didiot.[235]
Lacquemant, parricide.[248]
La prostituée d'Ay.[254]
Égalité des citoyens devant la loi.[262]
De Forges et Desaignes.[267]
Dangers de la violence.[274]
Incendiaire.[280]
Le curé de Chazelles.[283]
Brigide Ballet, ou la fille dénaturée.[294]
L'accusateur accusé.[298]
L'épouse adultère et empoisonneuse.[307]
Les brigands de Nîmes.[312]
Catherine Estinès.[317]
La fille Salmon, déclarée innocente, après avoir été condamnée deux fois à être brûlée vive.[340]
L'Intrigante, ou l'affaire du collier.[361]
L'Aubergiste des Quatre fils Aymon, à Charenton.[381]
Accusation de viol, d'inceste et de parricide.[392]
FIN DE LA TABLE DU QUATRIÈME VOLUME.