Une circonstance atroce manque au récit qu'on vient de lire. Quelques-uns des bourreaux de Foulon, après lui avoir coupé la tête, lui mirent un bâillon et une poignée de foin dans la bouche, et portèrent cette effroyable figure au Palais-Royal, tandis que d'autres traînaient son cadavre dans la fange.
Le malheureux Berthier ne fut pas traité moins atrocement que son beau-père. Il se trouva un monstre capable de lui arracher le cœur, et de le présenter tout sanglant aux yeux de la multitude.
«Ces lâches barbaries, dit un historien contemporain, consternèrent d'abord tous les amis de la révolution, et firent mettre en doute si les Français méritaient d'être libres. Les ennemis de la liberté en tirèrent avantage; et dès le lendemain, ceux d'entre eux qui, sous le voile du patriotisme, ne voulaient qu'une modification dans le gouvernement, cherchèrent à faire porter, par l'assemblée nationale, un décret qui, réprimant l'effervescence populaire, eût laissé les représentans du peuple, exposés sans défense, aux attaques du despotisme, encore armé d'une grande puissance. Ce ne fut pas sans peine que Mirabeau para le coup.»
Bailly et Lafayette furent remplis de douleur et d'indignation, à la vue de ces attentats, auxquels ils s'étaient opposés de toutes leurs forces. Lafayette donna sa démission du commandement de la garde parisienne, et ne consentit à le reprendre, qu'après les plus vives instances.
ASSASSINATS POPULAIRES
A SAINT-GERMAIN ET A SAINT-DENIS.
L'effervescence sanguinaire qui avait donné lieu à ces effroyables barbaries au sein de la capitale s'était communiquée de proche en proche à plusieurs villes voisines. Le 18 juillet, toute la populace de Saint-Germain, et une multitude d'hommes et de femmes accourus des environs, avaient massacré dans cette ville un marchand de grains, nommé Sauvage, et, suivant l'usage féroce qui venait de s'établir, avaient porté dans toutes les rues sa tête au bout d'une pique. L'assemblée nationale envoya une députation à Saint-Germain pour y haranguer le peuple; elle y fut méconnue, huée, et sur le point d'être mise à la lanterne.
Ce ne fut qu'aux instances de l'évêque de Chartres, qui se jeta à genoux aux pieds des assassins, que l'on laissa la vie à un autre marchand de blé, nommé Thomassin, auquel les juges-bourreaux avaient déjà passé le fatal cordon. L'évêque prit ce malheureux dans sa voiture, promettant aux farouches sicaires qu'il le ferait mettre dans les prisons de Versailles; promesse qu'il fut obligé de tenir, car les assassins eurent l'audace de le suivre pour s'assurer, par leurs propres yeux, si on ne leur avait pas manqué de parole. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que dans toutes les exécutions de cette nature, il régnait une espèce d'ordre qui les rendait encore plus atroce. Dans celle dont on vient de parler, on vit mêler les exercices de piété à la plus cruelle barbarie: avant de pendre Thomassin, on voulait qu'il reçût les derniers sacremens; on était même allé chercher un prêtre pour les lui administrer. «C'étaient ordinairement, dit l'auteur auquel nous empruntons ces faits, c'étaient des femmes, plus furieuses encore que les hommes les plus furieux dans ces attroupemens, qui unissaient le crime au signe sacré de la religion qui le proscrit.»
Quelque temps après, il se commit à Saint-Denis un assassinat plus cruel encore dans son principe et dans la manière dont il fut exécuté.