Bientôt des indices accusateurs s'élevèrent contre Marie Tavernier. Ses liaisons avec Marin Goupil, son cousin, étaient plus que suspectes. Elle prit la fuite peu de temps après la mort de son mari, et se retira à Vaugirard, où Goupil l'avait suivie. Ils y habitèrent quelque temps ensemble, et Marie Tavernier devint mère.
D'après le second procès-verbal des chirurgiens appelés la seconde fois pour examiner le cadavre de Tribout, la mort violente de ce dernier avait été attribuée à un empoisonnement. Marie Tavernier et Marin Goupil furent signalés comme les auteurs de ce crime. Les deux prévenus furent mis l'un et l'autre en jugement devant le tribunal criminel de l'Orne.
Ils furent défendus par Me Duronceray, qui ne négligea rien pour faire triompher la cause de ses cliens; mais ses efforts furent infructueux; le jury déclara les deux accusés coupables, et le tribunal criminel les condamna à la peine de mort.
Nouvel et déplorable exemple des suites qu'entraîne quelquefois pour les femmes l'infidélité conjugale! Qu'elles n'oublient jamais qu'elles ne peuvent trahir leurs devoirs d'épouses, sans s'exposer à devenir encore plus criminelles. Il en est beaucoup sans doute qui, tout en violant les lois de la pudeur, sont incapables de concevoir l'idée d'un assassinat; mais combien n'en est-il pas aussi dans le cœur desquelles une première faute arrache le germe de toutes les vertus! Des forfaits dont autrefois le récit les eût épouvantées ne sont plus à leurs yeux que des actes enfantés par une nécessité cruelle; et, dans l'affreux délire auquel elles s'abandonnent, elles ne rêvent qu'attentats.
ACCUSATION D'INCENDIE
SUSCITÉE PAR UN FILS CONTRE SON PÈRE.
Dans la nuit du 3 au 4 fructidor de l'an IX (22 août 1801), un incendie se manifesta dans une halle située dans la commune de Mahéru, département de l'Orne. Ce malheur n'avait peut-être d'autre cause que le hasard ou la négligence; mais le bruit se répandit qu'il était l'œuvre du crime.
La halle incendiée appartenait au sieur Louée, qui l'avait achetée du sieur Besnou. Différens procès avaient éclaté entre l'ancien propriétaire et le nouvel acquéreur; il en était résulté une haine mutuelle dont la violence s'était fait remarquer en plusieurs occasions.
Par suite de ces différens animés, par suite aussi de plusieurs propos menaçans, le sieur Besnou fut publiquement désigné comme l'auteur de l'incendie. Le juge de paix se transporta sur les lieux, le 6 fructidor, pour constater le corps de délit, et recevoir les déclarations qui pouvaient être de nature à le mettre sur la trace des coupables.