L'impassibilité de ce monstre ne se démentit point dans ce moment terrible. Il entendit sa condamnation avec calme, et regagna sa prison d'un pas ferme et assuré.

MEURTRE
COMMIS DANS UNE ÉGLISE PAR UN JEUNE
SÉMINARISTE.

Antoine Berthet, fils d'un maréchal-ferrant, établi dans le village de Brangues (Isère), était né avec une constitution très-frêle qui le rendait peu propre à exercer le métier de son père. D'un autre côté, la nature l'avait amplement dédommagé; il s'était fait remarquer de bonne heure par une intelligence supérieure et par un goût très-marqué pour l'étude; ce qui avait inspiré en sa faveur de l'intérêt à plusieurs personnes; leur charité, plus vive qu'éclairée, voulut tirer Berthet du rang obscur où le sort l'avait fait naître, et le destina à l'état ecclésiastique. Le curé de Brangues l'adopta comme un enfant chéri, lui enseigna les premiers élémens des sciences, et le fit entrer, en 1818, au petit-séminaire de Grenoble. En 1822, une maladie grave l'obligea de suspendre ses études; il fut recueilli par le curé dont les soins suppléèrent avec succès à l'indigence de ses parens. A la puissante sollicitation de ce zélé protecteur, Berthet fut reçu chez M. M....., qui lui confia l'éducation d'un de ses enfans; sa funeste destinée le préparait à devenir le fléau de cette famille jusque-là si heureuse. Madame M....., femme aimable et spirituelle, alors âgée de trente-six ans, et d'une réputation intacte, pensa qu'elle pouvait sans danger prodiguer des témoignages de bonté à un jeune homme de vingt ans, dont la santé délicate exigeait des soins particuliers; et Berthet, sans doute égaré par une immoralité précoce, se méprit sur la nature de ses soins. Quoi qu'il en soit, avant l'expiration d'une année, madame M..... se vit obligée de mettre un terme au séjour du jeune séminariste dans sa maison.

Berthet entra au petit séminaire de Belley, pour y continuer ses études. Il y resta deux ans et vint passer à Brangues les vacances de 1823.

N'ayant pu rentrer au petit séminaire de Belley, il parvint à se faire recevoir au grand-séminaire de Grenoble; mais, après y être resté quelque temps, il fut jugé par ses supérieurs indigne des fonctions qu'il ambitionnait, et bientôt après congédié sans espoir de retour. Son père, irrité, le bannit de sa présence, et il ne put trouver d'asile que chez sa sœur, à Brangues.

Ces rebuts furent-ils le résultat de mauvais principes reconnus ou d'une conduite très-répréhensible? Berthet se crut-il en butte à une persécution secrète de la part de M. M..... qu'il avait offensé? Des lettres qu'il écrivit alors à madame M..... contenaient des reproches virulens et des diffamations. Malgré cela, M. M..... faisait des démarches en faveur de l'ancien instituteur de ses enfans.

Berthet parvint encore à se placer chez M. de C...., en qualité de précepteur. Il avait renoncé alors à l'église; mais, après un an, M. de C.... le congédia pour des raisons imparfaitement connues, et qui paraissaient se rattacher à une nouvelle intrigue.

Il songea de nouveau à la carrière qui avait été le but de tous ses efforts, l'état ecclésiastique. Mais il fit et fit faire de vaines sollicitations auprès des supérieurs des séminaires de Belley, de Lyon et de Grenoble. Alors le désespoir s'empara de lui.

Voyant toutes ses démarches inutiles, il attribuait son peu de succès aux époux M..... Les prières et les reproches qu'il continuait d'adresser à madame M..... se changèrent en menaces terribles. On recueillit des propos sinistres. Je veux la tuer, disait-il, dans ses accès de mélancolie farouche. Il écrivait au curé de Brangues, le successeur de son premier bienfaiteur: Quand je reparaîtrai sous le clocher de la paroisse, on saura pourquoi. Ces étranges moyens produisaient une partie de leur effet. M. M..... s'occupait sincèrement à lui rouvrir l'entrée de quelque séminaire; mais il échoua à Grenoble, il échoua de même à Belley, où il fit exprès un voyage avec le curé de Brangues. Tout ce qu'il put obtenir fut de placer Berthet chez M. Trolliet, notaire à Morestel, allié de sa famille, en lui dissimulant toutefois ses sujets de mécontentement. Mais Berthet, dans son ambition déçue, était las, selon sa dédaigneuse expression, de n'être toujours qu'un magister à 200 francs de gages. Il n'interrompit point le cours de ses lettres menaçantes. Il annonça à plusieurs personnes qu'il était déterminé à tuer madame M..... et à s'ôter la vie à lui-même. Malheureusement un projet aussi atroce sembla improbable par son atrocité même; il était pourtant sur le point de s'accomplir.