Il avoua cependant que son compagnon de chaîne, surnommé Casquette, aussi condamné à vie, avait, comme lui, conçu le dessein de se venger de prétendues vexations qu'il disait avoir essuyées de la part de son gardien.

Sur cet avis, on fit passer Casquette dans une autre salle où il devint l'objet d'une surveillance plus active; malgré toutes ces précautions, le nommé Ricoux, sous-adjudant de surveillance, et père de famille, eut le malheur de tomber sous les coups de ce scélérat. Ce Ricoux assistait le soir à la distribution; au moment où il entrait, une chaîne de forçats revenait des travaux. Casquette profita de la confusion pour se couler auprès de lui, et feignant de s'incliner pour marchander un quart de vin, il sortit de sa poche, en se relevant, un couteau à deux tranchans qu'il lui plongea dans le ventre. Alors Ricoux, dont une partie des entrailles sortait avec des flots de sang, tomba à la renverse, privé de sentiment.

Un chaloupier (c'est ainsi qu'on désigne ceux qui rament dans les embarcations), également condamné, pour épargner à Ricoux de nouvelles blessures, vint s'interposer entre lui et le meurtrier; mais sept à huit coups de couteau furent le prix de son dévouement. M. le sous-commissaire Rignoux étant arrivé au moment où on se saisissait de ce furieux, celui-ci n'exprima qu'un regret atroce, celui de le voir arriver deux minutes trop tard: «Mais n'importe, lui dit-il, vous ne perdrez rien pour attendre; car j'en connais vingt autres qui ont formé le même dessein que moi.»

Ce monstre, condamné à mort par le tribunal maritime, témoigna constamment le regret qu'il avait exprimé, jusqu'au moment où il reçut la peine due à ses crimes.

JEUNE FILLE
ASSASSINÉE PAR SON CORRUPTEUR.

Le crime dont nous allons rapporter les principales circonstances fut surtout inspiré par une vaniteuse ambition qui ne se trouve que trop communément dans toutes les classes de la société.

Le jeune Maurice Salgue éprouvait depuis trois ans une passion violente pour Catherine Fondegoire, qui demeurait dans la même paroisse que lui; en vain il avait cherché souvent à assouvir sa passion, et fait plusieurs fois des tentatives que la résistance de la jeune fille avait rendues inutiles. Mais enfin, et pour son malheur, elle céda aux poursuites de Maurice Salgue, et devint enceinte. Jean-Baptiste Salgue père était riche, et n'aurait jamais consenti au mariage de son fils avec Catherine, qui était pauvre; sa famille même se sentait humiliée d'une pareille liaison. Maurice avait promis de lui donner des secours pour ses couches.

Catherine avait fait confidence de sa grossesse et des dispositions de Maurice au curé de sa paroisse, chez qui les deux amans devaient se rendre conjointement pour prendre des arrangemens.

Au jour indiqué, Catherine fut aperçue, le soir, près de la maison des Salgue; depuis cette époque, elle disparut. On soupçonna qu'elle avait été la victime d'un horrible attentat. Des perquisitions furent faites dans la maison des Salgue et dans leur jardin. On trouva dans la maison un couteau en forme de stylet, encore tout ensanglanté, et dans le jardin, qu'on fit bêcher en totalité, on découvrit le cadavre de la malheureuse Catherine.