En conséquence de ces faits, Charles-Philippe-Toussaint Fréon et André-François Bouin dit Lapalette, furent renvoyés devant la Cour d'assises d'Eure-et-Loir, séant à Chartres, sous l'accusation 1o d'avoir, dans la nuit du 21 au 22 juin 1823, commis de complicité, volontairement et avec préméditation, un homicide sur la personne de la dame veuve Aillet; 2o d'avoir, dans la même nuit, commis de complicité, volontairement et avec préméditation, un homicide sur la personne de la fille Goussard; 3o d'avoir dans la même nuit, et au moment ou lesdits homicides avaient eu lieu, soustrait frauduleusement, de complicité, à l'aide d'escalade et d'effraction dans une maison habitée, de l'argent monnayé, deux montres en or et d'autres effets appartenans à la dame Aillet.
Les débats de cette grave affaire s'ouvrirent, le 19 août, sous la présidence de M. Chevalier-Lemore, au milieu d'un concours immense de spectateurs.
Les défenseurs des accusés leur avaient été nommés d'office. Me Doublet, avocat stagiaire, aujourd'hui attaché au barreau de Chartres, plaidait pour Fréon. La tâche des défenseurs était pénible. Ils firent tous leurs efforts pour concilier ce qu'ils devaient à leur mission, et ce que leur imposait leur conscience; aussi, lorsque après une discussion approfondie de l'accusation, l'avocat de Fréon, s'écria d'une voix émue: «Puissions-nous ne plus avoir à remplir ce douloureux ministère! Puissions-nous avoir concilié nos devoirs comme citoyens, nos obligations comme hommes de la loi! Puissions-nous trouver le prix de nos efforts et un adoucissement à notre tâche dans le sentiment de l'intérêt public!» Un murmure d'approbation se fit entendre, et fut ratifié par tous ceux qui avaient suivi ces débats. La preuve la plus accablante contre Fréon, fut la reconnaissance formelle de l'horloger à qui il avait vendu la montre de la dame Aillet.
Cette procédure dura trois jours, et le résultat fut la condamnation à mort des accusés. Ils se pourvurent en cassation; dans cet intervalle, Fréon fut pris de violens vomissemens, et tout annonça qu'il cherchait à s'empoisonner à l'instar de Bancal dans l'affaire Fualdès, en buvant de l'urine dans laquelle il avait laissé de la monnaie de cuivre. Fréon répétait à son défenseur, qu'il ne serait jamais exécuté.
Lorsque le pourvoi eut été rejeté par la Cour de cassation, et le jour de l'exécution arrêté, les condamnés se barricadèrent dans leur cachot, et l'on ne put s'y introduire. L'exécution fut ajournée; depuis, Lapalette chercha à retarder sa mort par des révélations qu'il fit, révélations qui semblaient annoncer que les condamnés avaient des complices, (et c'était l'opinion générale à Chartres). Cependant, les investigations nouvelles, auxquelles la justice se livra, prouvèrent que ces révélations étaient mensongères, et bientôt Fréon et Lapalette portèrent leur tête sur l'échafaud!...
Ce crime avait jeté l'effroi dans la ville de Chartres; la population ne fut rassurée, que lorsque les assassins eurent cessé de vivre. On parla long-temps de cet assassinat; on se rappelait encore le jour de l'inhumation de madame Aillet et de sa domestique; on parlait de cette fille Goussard qui, pour sauver sa maîtresse, avait dû soutenir une lutte si longue avec l'un des assassins. C'est d'elle que le ministère public disait dans son réquisitoire: La palme des martyrs vous était réservée!...
ANTOINE LÉGER,
OU
L'ANTHROPOPHAGE DES ENVIRONS DE VERSAILLES.
Un crime affreux, dont les circonstances présentent un caractère de férocité sans exemple dans les annales criminelles, jeta, en 1824, l'épouvante et l'horreur dans plusieurs communes du département de Seine-et-Oise.
Le 10 août, Aimée-Constance Debully, jeune fille de la commune d'Esteville, arrondissement d'Étampes, âgée de douze ans et demi, sortit de chez ses parens, vers quatre heures du soir, pour aller débourgeonner une pièce de vigne qu'ils possédaient à un quart de lieue du village, et près du bois de Sardion. Le soir, sa famille ne la voyant pas revenir, en conçut quelque inquiétude, et se mit à sa recherche. On se rendit à la vigne; on y trouva ses souliers, son chapeau et sa serpette, rangés avec assez d'ordre. Mais ce fut vainement que son père et ses frères la cherchèrent en l'appelant, une partie de la nuit, dans les bois des environs.