Quand le jour parut, tout le village était en émoi. Le maire arriva bientôt sur les lieux; il s'approcha de la fosse, et vit, non sans un grand étonnement, Fort étendu dans le trou qu'il avait creusé, et plongé dans un profond sommeil.
Le maire continua son enquête; il entra dans la maison; d'abord il fut arrêté par une odeur fétide qui le suffoquait, et bientôt un horrible spectacle s'offrit à ses regards: c'était le cadavre de la veuve Fort, placé sur une chaise; son visage et ses vêtemens étaient couverts d'un sang noir; sa coiffe, qui était à ses pieds, laissait apercevoir sur le crâne des mutilations si graves, que des parcelles de la cervelle étaient sorties de leur enveloppe.
Après avoir rédigé son procès-verbal, le maire revint dans le jardin. Fort avait repris sa bêche et continuait son travail.
—Eh! que fais-tu là? lui dit-il.
—Je creuse votre fosse, répondit Fort.
—Mais, malheureux, je ne suis pas mort.
—C'est égal, monsieur le maire, vous avez pris soin de mon enfance, il faut bien que je fasse quelque chose pour vous.
—Où est ta mère?
—Elle est morte.
—Qui l'a tuée?