A une heure, entendant l'horloge sonner, Doumairon demanda à quelle heure on devait l'exécuter, et sur la réponse évasive du gendarme: «Allons, lui dit-il, vous pouvez parler sans crainte; je n'ignore pas mon sort, j'y suis résigné, et vous verrez que je sais mourir!»

Quelques instans après, on lui fit lecture de l'arrêt. Lorsque l'huissier prononça ces mots: Et aux frais, liquidés à 1,945 francs: «Allons, dit le condamné, j'ai fait là une fameuse journée; je dois 2,500 francs à la caisse hypothécaire, et 1,945 de frais. Je vois bien que mes pauvres enfans n'auront rien; c'est eux seuls que je regrette!»

Doumairon persista à se dire innocent. Comme le prêtre des condamnés le pressait de faire l'aveu de son crime, il répondit: «Il n'y a que moi et le bon Dieu qui sachions ce qui en est.»

A deux heures, il fut livré aux exécuteurs, qui procédèrent aux derniers préparatifs. Dans cet affreux moment, Doumairon conservait encore tout son sang-froid et même son humeur joviale: «Vous me soulagez là d'un grand poids!» s'écria-t-il, lorsqu'on lui ôta ses fers. A l'instant même où les exécuteurs lui passaient une ficelle entre les jambes, on lui entendit dire en riant: «Voilà, par exemple, deux bien gentils cordonniers!»

Conduit à pied jusqu'au lieu du supplice, Doumairon montra constamment une imperturbable assurance; il affectait même d'observer le pas militaire, et de marcher au son du tambour qui battait en tête de la troupe. On remarqua qu'il saluait en souriant les habitans de Nissan qu'il apercevait dans la foule. L'ecclésiastique, placé à ses côtés, l'ayant exhorté de nouveau à mourir en chrétien: «Tout cela est bon et beau, lui répondit ce misérable; mais ça ne vaut pas une bonne bouteille de liqueur.» Arrivé au pied de l'échafaud, il y monta d'un pas ferme, se livra avec calme aux exécuteurs; et ce ne fut pas sans une horreur marquée de surprise qu'on le vit faire de lui-même un mouvement pour placer sa tête sous la hache fatale!


JEAN-ANTOINE DUCHON
ASSASSIN DE MADELEINE PIOT.