Et elle se souleva de la causeuse, mais elle y retomba assise avec une négligence adorable, pour renouer un des rubans de son manchon.
—Monsieur de Maulévrier,—dit-elle alors, en nouant gravement le ruban détaché, et avec ce ton que seules les femmes du monde connaissent et qui sauverait l’inconvenance des propositions les plus hasardées,—voulez-vous me donner le bras jusqu’à ma voiture? et si vous n’avez pas la vôtre, je vous jetterai chez vous en passant; vous êtes sur mon chemin.
Maulévrier se vit pris sans pouvoir dire non. Il se prépara donc à sortir avec la comtesse. Celle-ci, soulagée des contraintes de la soirée par ce qu’elle venait de décider, tendit encore une fois sa petite main gantée à la marquise, qui, peut-être, sentit alors la griffe d’abord si bien cachée, et elle sortit avec un air d’aiglonne qui remporte sa proie à son nid.
—Comme elle l’aime et comme elle est changée!—fit la marquise de Gesvres restée seule; et, disant cela, comme elle était debout, son œil se porta sur la glace où elle se vit, elle, toujours belle, ne changeant pas, astre magnifique, éternel, immuable.
On change,—ajouta-t-elle avec une tristesse amère qui vengeait bien ceux qui l’avaient vainement aimée;—on change parce qu’on aime et qu’on souffre, mais du moins on ne s’ennuie pas!
Et elle se mit, tout en bâillant, à sonner Laurette pour venir la déshabiller.