XLI
Je regardai.—«Ce monsieur, comme vous dites, monsieur,—lui répondis-je,—s’appelle Aloys de Synarose. Tout ce que j’en sais se réduit à de bien légers détails: il a de l’esprit, mais cet esprit est un peu gâté par l’affectation, les manières d’un fat, et, dit-on, une très mauvaise tête.»—Et je saluai M. d’Artinel, qui répéta: «Une très mauvaise tête!» sans me rendre le salut que je lui faisais.
XLII
«Oh! oh!—dis-je en moi-même,—monsieur d’Artinel, monsieur Baudouin d’Artinel, seriez-vous jaloux?...»—Et je toisai l’Othello de la Cour royale, avec sa cravate blanche qui ne faisait pas un pli et son habit noir du plus beau lustre.—«Est-ce que vous seriez atteint de cette passion pittoresque?»
XLIII
Oui! il était jaloux;—il était jaloux, atroce supplice!—Il était jaloux sur moins qu’un mot, qu’un signe, qu’un air! Il était jaloux sur un rien, comme on est jaloux, fût-on juge comme il l’était, et comme il aurait été jaloux encore, eût-il été une Cour de justice à lui tout seul!—Un pressentiment terrible avait passé—sous son irréprochable gilet de piqué—comme une trombe; il avait blêmi tout à coup; son nez avait remué d’une façon formidable, comme s’il eût eu quinola dans son jeu au reversis.—Il était jaloux, c’était sûr! Malgré la dignité habituelle de sa pose, il n’imposait pas autant qu’Ali de Janina quand sa moustache se hérissait de fureur; mais il est certain que les quelques cheveux gris qui dessinaient sur son occiput une pâle et idéale couronne se seraient hérissés à la vue d’Aloys, s’ils n’avaient été trop enduits, ce jour-là, d’huile de Macassar.