XLVIII

Mais l’orgueil était la colonne où je m’adossais... le poteau auquel ils m’avaient lié, et qui m’empêcha de fléchir. Comme Jésus, dans la flagellation sanglante, je ne tombai pas sous leurs coups; mais, comme lui, je ne leur renvoyai point des paroles de miséricorde.—Et vous, les saintes Sébastiennes de ce monde, les martyres de votre amour pour moi, je pressai vos seins déchirés sur mon sein déchiré plus précieusement, plus étroitement encore, comme si les flèches qui vous avaient percées avaient pu se détacher et se retourner sur mon cœur seul.


XLIX

Le monde disait donc d’Aloys qu’il était un fat,—un de ces êtres secs comme la peau dont leurs gants sont faits,—une espèce de Lauzun qui se serait fait ôter ses bottes par des mains de princesse, s’il y avait encore de ces mains-là! Seulement, tout fat qu’il fût, le monde respectait sa fatuité parce qu’elle était accompagnée de la plus effrayante faculté d’ajuster l’épigramme. En fait de ridicules, Aloys tirait la bécassine avec des balles de gros calibre. Par conséquent, c’étaient, quand il s’en mêlait, d’épouvantables hachis! «Quelle amusante peste!» disaient les femmes les plus courageuses, que sa conversation intéressait tant qu’elles n’en avaient peur que par réflexion. Est-ce pour cela—ou parce que Rivarol portait un habit rose—qu’elles l’avaient surnommé Rivarol II?


L

Mais j’ai lu quelque part que Rivarol était beau, et que c’était la moitié de son prodigieux esprit... pour les femmes. Or, Aloys n’avait pas été si magnifiquement doué. Il était laid, ou du moins le croyait-il ainsi. On le lui avait tant répété dans son enfance, alors que le cœur s’épanouit et que l’on s’aime avec cette énergie et cette fraîcheur, vitalité profonde, mais rapide, des créatures à leur aurore!