—Ma femme? dit le Hardouey troublé et qui abaissa son bâton.
—Vère! votre femme, votre moitié d'arrogance et de tout, et dont la fierté est maintenant aussi éblaquée que cha! répondit-il en frappant de sa gaule ferrée une motte de terre qu'il pulvérisa. D'mandez-lui si elle connaît le berger du vieux probytère, vous ouïrez ce qu'elle vous répondra!
—Chien de mendiant, cria maître Thomas le Hardouey, quelle accointance peut-il y avoir, entre ma femme et un pouilleux gardeur de cochons ladres comme toi?...
Mais le berger ouvrit son bissac par-devant et y prit, après avoir cherché, un objet qui brilla dans sa main terreuse.
—Connaissez-vous pas cha? fit-il.
Le soir avait encore assez de clarté pour que le Hardouey discernât très-bien une épinglette d'or émaillé qu'il avait rapportée de la Guibray à sa femme et que Jeanne avait l'habitude de porter, par derrière à la calotte de sa coiffe.
—Où as-tu volé ça? dit-il en descendant de sa jument d'allure, avec le mouvement d'un homme pris aux cheveux par une pensée qui va le traîner à l'enfer.
—Volé! répondit le berger, qui se mit à ricaner. Vous savez si je l'ai volée, vous! vous autres, les fils! ajouta-t-il en se retournant vers ses compagnons, qui se prirent à ricaner aussi du même rire guttural. Maîtresse le Hardouey me l'a bien donnée elle-même, au bout de la lande, contre la Butte-aux-Taupes, et m'a assez tourmenté-tourmenteras-tu pour la prendre. Ah! la fierté était partie. Elle gimait alors comme une pauvresse qui a faim et qui s'éplore à l'ue d'une farme. Vère, elle avait faim itou, mais de quel choine? d'un choine[9] bénit que tout le pouvait des bergers n'eût su lui donner.
[9] Choine, pain, normand. (Note de l'Auteur.)
Et il recommença son ricanement.